Semer le changement : Au Brésil, les femmes de Nodes that Bond surmontent les inégalités d’accès au réseau communautaire Portal sem Porteiras

Comment les partenaires d’APC améliorent-ils le quotidien de leurs communautés ? Nous présentons dans cette chronique des récits qui soulignent l’impact et les changements opérés par nos membres, avec l’aide de subventions secondaires d’APC. Nodes that Bond (Des nœuds qui rapprochent) est un projet féministe du réseau communautaire Portal sem Porteiras qui a mis sur pied des cercles de femmes axés sur la technologie en milieu rural, au Brésil. Lorsque la pandémie est devenue un obstacle pour leurs ateliers en présentiel, les participantes ont usé de créativité et d’entraide pour surmonter ce nouveau défi.

Souzas est un quartier d’environ 500 habitant·es de la ville de Monteiro Lobato. Situé dans la région forestière de Mantiqueira au Brésil, ce quartier abrite également le réseau communautaire Portal sem Porteiras (PSP), l’une des initiatives ayant reçu une subvention dans le cadre du projet Connecter les non connectés : soutenir les réseaux communautaires et d’autres initiatives de connectivité à base communautaire.

Afin de rendre le réseau communautaire véritablement collectif, PSP a dû faire face à des lacunes structurelles et historiques en matière de technologie et d’accès. « C’est alors que nous avons intégré la question du genre et de la technologie dans la réflexion. En débutant, notre premier défi a été d’amener les femmes à s’engager dans des actions et des dialogues concernant un univers qui leur semblait étranger », expliquent Luisa Bagope et Marcela Guerra dans le manuel Nodes that Bond. Dans ce document, on présente les méthodes et activités du projet dans l’espoir d’inspirer d’autres personnes.

Pour commencer, Nodes that Bond a mis en place une approche simple mais efficace pour faire participer les femmes au réseau local : « Nous avons voulu créer un cercle de femmes où nous pourrions exprimer nos pensées et poser nos questions. De cette façon, nous pourrions apprendre en étant ensemble », ajoutent Luisa et Marcela.

Nodes that Bond circle of women. Photo: Luisa Bagope (from the project's book)

Un cercle de femmes de Nodes that Bond. Photo par Luisa Bagope, tirée du manuel Nodes that Bond.

Le fait d’être ensemble et d’apprendre collectivement s’est révélé fort bénéfique dans le cas de ce réseau communautaire. Les cercles ont eu lieu sur une période de six mois en 2019. Lors de l’évaluation finale du projet, près de 61 % des femmes présentes dans les cercles ont indiqué qu’il s’agissait de leur première participation à une activité du réseau communautaire PSP. Les pratiques de soins numériques ont également augmenté après les cercles et les femmes présentes aux réunions ont ensuite joué des rôles majeurs au sein de PSP, nous apprend le manuel Nodes that Bond.

La carte des femmes

Nodes that Bond women's map. Ilustration from Ana Murie
Illustration : Ana Muriel

En plus des cercles de femmes, Nodes that Bond a aussi développé des activités de recherche et de création de contenus. Ce volet est mené par une équipe féminine locale d’anthropologues, d’artistes et de membres actives de la communauté. Dans le bulletin d’information du projet, on apprend que ces chercheuses sont allées à la rencontre des femmes de la communauté pour les interviewer. La collecte des histoires de femmes à Souzas a inspiré un autre projet : la carte des femmes, une carte féministe en ligne qui ne peut être consultée qu’à partir de l’intranet et du territoire de PSP à Souzas.

« Chacune des chercheuses a pu interviewer, photographier et filmer des femmes du quartier. Notre conceptrice de sites web a pris ces idées, matériaux, symboles et significations pour les transformer en notre carte féministe en ligne », explique-t-on dans le bulletin. « Sur la carte, chaque nœud représente une femme différente, et lorsque vous cliquez sur un nœud, vous ouvrez une page avec les entrevues de cette femme, ses histoires, ses photos, ses symboles. »

La carte a été accueillie avec curiosité et enthousiasme par les participantes de Portal sem Porteiras. Elles le racontent dans cet extrait qui est tiré de leur histoire et expérience collective avec la carte féministe : « C’était un lundi matin. J’avais quitté la maison en direction de la place pour acheter du pain. Je fais cela tous les jours, et d’habitude cela prend environ dix minutes. Mais ce lundi-là n’était pas comme les autres : acheter du pain dans un petit magasin au coin de la place était devenu, à ma grande surprise, une longue marche de 3 heures », décrivent-elles dans le récit. « Pendant cette courte promenade, les gens me saluaient, entamaient des conversations et me posaient des questions. Tout le monde voulait en savoir plus sur la façon d’accéder au réseau local, pour y voir leurs portraits numérisés et les histoires des femmes. »

Surmonter les défis de la pandémie : Des sons qui rapprochent

En tant que réseau communautaire, le réseau PSP a dû relever d’énormes défis face à la pandémie mondiale de COVID-19 en 2020. En plus de tous les enjeux sociaux et de santé publique auxquels la population brésilienne était confrontée, pour les femmes de PSP, le nouveau contexte faisait que leurs cercles en face à face n’étaient plus sûrs.

Sur le site web de Nodes that Bond, elles le résument ainsi : « Nos interactions ont changé brusquement et nous avons dû réfléchir à des façons de remplacer les ateliers avec les femmes. Les rencontres en ligne n’étaient pas envisageables. » Elles ajoutent : « Participer à une réunion vidéo n’avait pas grand-chose à voir avec le sentiment d’intimité vécu dans les cercles habituels. Nous nous demandions sans cesse ce qu’il fallait faire. Comment pouvions-nous rester connectées d’une quelconque manière pendant cette période difficile ? ».

Nodes that Bond a finalement trouvé deux solutions créatives : la production du podcast mensuel Nodecast, et la création d’une nouvelle en format audio intitulée « Le secret de la montagne ». Cette dernière raconte une histoire fictive écrite et produite par les femmes du réseau communautaire et s’inspire librement des nombreux récits partagés entre elles. Entendre la voix des autres dans leur foyer leur a permis de continuer à se sentir proches. Elles ont pu traverser ensemble cette période difficile, sans arrêter de semer le changement.

Story NTB 2020 par Luisa Bagope sur Vimeo.

 

Les informations présentées dans cet article sont tirées du projet « Connecter les non connectés : soutenir les réseaux communautaires et d’autres initiatives de connectivité à base communautaire » dont Portal Sem Porteiras fait partie. La chronique « Semer le changement » présente les expériences de l’équipe d’APC ainsi que des membres et partenaires d’APC qui ont bénéficié d’une subvention d’intervention, ou de nos autres subventions secondaires proposées dans le cadre de projets d’APC.

Cette histoire vous a inspiré·e à semer les graines du changement dans votre communauté ? Écrivez-nous pour nous raconter votre histoire à l’adresse suivante : communications@apc.org

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