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Valeria Betancourt

Le mois dernier, Valeria Betancourt d’APC, a été nommée dans un sondage du DIRSI troisième personne ayant le plus d’influence sur les politiques publiques de l’internet en l’Amérique latine. En outre, elle est maintenant directrice des politiques d’APC, après avoir travaillé en Amérique latine depuis 2001 avec nous, remplaçant ainsi le Sud-africain Willie Currie.

APCNouvelles : Comment êtes-vous arrivée dans le programme de politiques?

Valeria Betancourt : Début 2000, l’organisation membre d’APC en Équateur dont je faisait partie, Intercom-Ecuanex, a entamé une réflexion sur l’importance des politiques publiques d’accès à l’internet comme façon d’assurer que le potentiel transformateur des TIC atteigne la majorité.

C‘était l‘époque des premiers projets de télécentres communautaires et les discussions tournaient autour de la façon d’intervenir, mais également de la portée et de l’impact de ces interventions sur les conditions de vie des habitants. C’est ce qui a entrainé un engagement dans cette thématique.

Vers 2001, le directeur exécutif d’Intercom-Ecuanex a commencé à diriger pour APC le projet de l’Observatoire des politiques de TIC en Amérique latine, visant à faciliter l’engagement des organisations de la société civile dans les processus de politique publique de TIC aux niveaux national et régional. L’idée était de rendre les politiques de TIC plus maniables et plus compréhensibles.

J’ai eu l’opportunité de contribuer à ce projet depuis ses débuts, et je pense que c’est ce qui a provoqué en grande partie ma passion pour ce travail. L’Observatoire a comblé un vide en Amérique latine en termes de disponibilité de l’information pour obtenir des répercussions, de sensibilisation aux implications des sujets de politiques de TIC et d’autonomisation des organisations de la société civile dans leur participation aux processus de politiques de TIC au travers de leurs demandes ciblant les droits humains et la justice sociale.

APCNouvelles : Votre travail de politique a-t-il toujours été lié aux TIC ?

Valeria Betancourt : Non. Avant 2000, j’ai participé à des projets de santé qui comptaient parmi leurs objectifs l‘élaboration de preuves scientifiques pour l’adoption de politiques de santé publique. Cela a été un début intéressant en raison de la possibilité d’associer des approches techniques et des objectifs politiques.

APCNouvelles : Quel a été l’engagement politique le plus fructueux sur lequel vous ayez travaillé ?
Valeria BentancourtValeria Bentancourt
Valeria Betancourt : Le processus préparatoire, de réalisation et de suivi du Sommet mondial pour la société de l’information (SMSI) [2002-2005] a été une école fondamentale pour le travail sur les politiques publiques de TIC.

La participation à ce processus m’a permis d’agir aux niveaux nationaux, régional et mondial, et d’explorer des façons de les intégrer efficacement ; d‘élargir et de renforcer ma formation d’activiste de politiques ; de prendre conscience des connotations transfrontalières des problèmes de politique publique de TIC et de gouvernance de l’internet ; et de comprendre les processus de transformation selon les perspectives des différents acteurs.

Le processus associé au SMSI s’est également révélé très utile pour mesurer les difficultés des interractions entre le sud et le nord ainsi que les conditions dans lesquelles les activistes des pays en développement opèrent au sein des instances de politique mondiale pour introduire des changements favorables dans le domaine de plus en plus complexe des politiques de TIC.

APCNouvelles : Et le plus frustrant ?

Valeria Betancourt : Le récent processus de formulation et d’approbation de la loi de communication en Équateur, qui n’est pas encore terminé.

APC, conjointement à d’autres organisations sociales du pays et un groupe d’experts-conseil, travaille depuis deux ans pour apporter un soutien technique et politique à la loi pour que les droits de communication consacrés par la Constitution de la République soient concrétisés. Mais malgré ces efforts, les résultats sont décevants.

La commission législative chargée de formuler la loi n’a pas su établir de mécanismes réels de participation ni de consultation, et n’a pas non plus favorisé de grand débat public sur des aspects cruciaux comme la redistribution des fréquences de radio et de télévision, l’accès aux TIC et l’indépendance des médias publics pour le renforcement de la démocratie.

Les corporations médiatiques et les secteurs politiques traditionnels ont également empêché que le discours ne dépasse la défense de la liberté d’expression, la confondant avec la liberté d’entreprise. La dynamique des relations de pouvoir dans laquelle le débat sur la loi a eu lieu a entraîné une polarisation des positions. Le domaine de délibération a ainsi été réduit, mais également la possibilité d’aborder les thèmes centraux des activistes concernant le droit à la communication.

À mon sens, on a manqué là l’occasion d’améliorer les conditions matérielles et concrètes pour le plein exercice du droit à la communication en Équateur.

APCNouvelles : Vous travaillez avec APC pour le programme de politiques de la section Amérique latine depuis 2001. Quels seront selon vous vos premiers défis à relever lorsque vous vous lancerez dans votre nouveau rôle international ?

Valeria Betancourt : Il est indéniable que depuis le SMSI, le sujet de la gouvernance de l’internet s’est complexifié et a pris une importance cruciale.

Cela répond à une somme de facteurs, comme ceux liés à la préoccupation croissante des gouvernements envers le contrôle de l’internet en raison de l’augmentation du terrorisme en réseau et des activités criminelles sur l’internet, ainsi que ceux liés aux restrictions de la liberté d’expression sur l’internet de la part des gouvernements autoritaires. Sans oublier les progrès technologiques concernant la croissance de la large bande et des réseaux mobiles, l’expansion du Web 2.0 et le saut au Web 3.0. Ou encore le combat de plus en plus acharné sur la propriété intellectuelle des contenus de l’internet.

Le défi le plus urgent consiste d’une part à continuer d’identifier les implications politiques de ces problèmes dans des contextes de plus en plus complexes et changeants, et à construire et renforcer les relations avec les différents acteurs et les insérer proactivement dans la sphère mondiale ainsi qu’aux niveaux régionaux et nationaux, de façon à avoir une incidence sur la consolidation d’un internet libre et ouvert.

D’autre part, un défi important pour le PPIC consistera à déterminer le cadre qui orientera son travail de politique d’une façon qui soit à la fois pertinente pour ces grands objectifs et qui contribue intégralement et de façon significative aux objectifs stratégiques définis par les membres d’APC.

Mais les défis ne se limitent pas à ces niveaux. Les ressources octroyées aux activistes de la société civile pour participer régulièrement aux espaces de configuration de la politique mondiale de l’internet sont de plus en plus réduites.

De plus, on ne peut oublier le fait que certains gouvernements se battent pour mettre en place des mécanismes intergouvernementaux pour la prise de décisions concernant le développement et la gouvernance de l’internet, reculant ainsi dans les avancées vers la construction de processus multi-sectoriels de délibération politique.

APCNouvelles : APC a été choisi par ses pairs pour représenter la société civile à l’eLAC2010, le processus de développement de la société de l’information des gouvernements d’Amérique latine. Cela est dû en grande partie à la façon dont votre travail est considéré en Amérique latine. Qui prendra le relais en Amérique latine pour APC ?

Valeria Betancourt : APC a joué un rôle important dans l’ouverture et l’instauration d’espaces de participation formelle de la société à l’eLAC. Je suis heureuse de pouvoir dire que ce travail continera et sera renforcé grâce à l’expérience et l’engagement de ma collègue Dafne Plou, coordonatrice du Programme de soutien aux réseaux de femmes en Amérique latine.

Photo: Valeria Betantcourt, troisième (de la gauche) lors du Forum sur la gouvernance de l’internet (FGI) pour l’Amérique latine et les Caraïbes.

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