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Un document en évolution

Dévéloppé à la rencontre : Genre, Sexualité et Internet organisée par l’Association pour le Progrès des Communications

13-15 Avril 2014

Malaisie

En Avril 2014, l’Association pour le Progrès des Communications (APC) a organisé une rencontre mondiale ayant pour thème les questions de genre, sexualité et d’internet, à Port Dickson, Malaisie, réunissant 50 participant(e)s de six continents, incluant des activistes pour l‘égalité des genres et le droit des femmes, des activistes LGBTQI (lesbienne, gay, bisexuel, trans* et intersexe), des organisations ayant pour focus les droits de l’internet et TIC, ainsi que des activistes pour les droits de l’Homme. La rencontre avait pour objectif de combler le fossé entre les mouvements féministes et les mouvements de défense de droits internet et examiner les intersections et les opportunités stratégiques nous permettant de travailler ensemble comme alliés ou comme partenaires.

Le discours actuel sur les questions de genre et d’internet a tendance à se concentrer sur les éléments sexospécifiques manquants dans les politiques qui régissent l’internet, les violations qui en sont la conséquence, et la nécessité d’une participation accrue des femmes dans les instances de prise de décision. Dans le but de recadrer la conversation, la rencontre mondiale a utilisé un processus collaboratif afin de poser la question suivante : « En tant que féministes, quel genre d’internet voulons-nous, et que faudrait-il pour que nous puissions y parvenir ? ».

#ImagineAFeministInternet / #ImagineUnInternetFéministe

Pendant trois jours, les participants ont discuté et débattu les intersections entre le genre, la sexualité et l’internet – pas seulement comme un outil – mais comme un nouvel espace public. En réfléchissant à ces questions les participants de la rencontre ont développé un ensemble de 15 principes féministes de l’internet. Ceux-ci ont été conçus en un document évolutif qui informe notre travail sur les questions de genre et technologie, ainsi qu’influence nos discussions dans l‘élaboration de politique en matière de gouvernance de l’internet.

Nous vous invitons à participer à la discussion et le débat sur notre ensemble évolutif de principes féministes de l’internet. Contactez-nous via http://erotics.apc.org ou par courriel : erotics@apc.org.

1. Un internet féministe commence par, et travaille à l’autonomisation de plus de femmes et personnes queer – dans toutes nos diversités – pour démanteler le patriarcat. Cela comprend un accès universel, abordable, sans entraves, inconditionnel et égal à l’internet.

2. Un internet féministe est une extension, une réflexion et un continuum de nos mouvements et de notre résistance dans d’autres espaces, publics et privés. Notre libre arbitre se retrouve en notre capacité en tant qu’individus et collectifs de décider quels sont les aspects de nos vies qui doivent être politisés et/ou diffusés sur internet.

3. L’Internet est un espace public transformateur et un espace politique. Il facilite de nouvelles formes de citoyenneté qui permettent aux individus de revendiquer, de construire et de s’exprimer sur sa personne, son genre, sa sexualité. Cela inclut de pouvoir se connecter sur tous les territoires, de demander des comptes et de la transparence, et est une opportunité importante pour la construction du mouvement féministe.

4. La violence en ligne et la violence liée aux technologies font parties du continuum de la violence fondée sur le genre. Les attaques misogynes, les menaces, l’intimidation, et le contrôle vécues par les femmes et les personnes queers LGBTQI sont réels, nuisibles, et alarmants. Il est de notre responsabilité collective comme différents acteurs de l’internet de prévenir, de réagir, et de résister à cette violence.

5. Il est nécessaire de résister à la droite religieuse et autres forces extrémistes, ainsi que l‘état, dans leurs tentatives de monopoliser les revendications sur la morale et de réduire au silence les voix féministes au niveau national et international. Nous devons revendiquer le pouvoir de l’internet pour amplifier les récits alternatifs et diversifiés des réalités vécues par les femmes.

6. En tant qu’activistes féministes, nous croyons en la contestation des espaces patriarcaux qui contrôlent actuellement l’internet et en l’importance de promouvoir plus de féministes et de personnes queers LGBTIQ aux tables de décision. Nous croyons en la démocratisation de la législation et la réglementation de l’internet ainsi que la diffusion de la possession et des pouvoirs des réseaux mondiaux et locaux.

7. Le questionnement féministe de la logique capitaliste néolibérale qui anime l’internet est essentiel pour déstabiliser, démanteler, et créer des formes alternatives de pouvoir économique fondées sur des principes de collectivité, solidarité et d’ouverture.

8. En tant qu’activistes féministes, nous sommes politiquement engagé(e)s à créer et expérimenter avec la technologie en utilisant des outils et plateformes en logiciel libre. Promouvoir, diffuser, et partager le savoir sur l’utilisation de ces outils est au cœur de notre praxis.

9. Le rôle de l’internet pour permettre l’accès à de l’information critique – y compris sur la santé, le plaisir, et les risques – pour les communautés, pour l’expression culturelle et la conversation est essentiel, et doit être soutenu et protégé.

10. La surveillance par défaut est un outil du patriarcat pour contrôler et restreindre les droits tant en ligne qu’hors-ligne. Le droit à la vie privée et à exercer un contrôle total sur nos propres données est un principe essentiel pour un internet plus sûr et plus ouvert pour tous. Une attention égale doit être accordée aux pratiques de surveillance par des individus les uns contre les autres, ainsi que par le secteur privé et les acteurs non-gouvernementaux, en plus de l‘état.

11. Toute personne a le droit d’effacer sa présence sur internet. Cela inclut la possibilité d’accéder à toutes nos données et informations personnelles en ligne, et d‘être en mesure d’exercer un plein contrôle, y compris de savoir qui y a accès et sous quelles conditions, ainsi que d‘être capable de les supprimer pour toujours. Toutefois, ce droit doit être contrebalancé par le droit d’accéder à de l’information publique, la transparence et la reddition de compte.

12. Il est de notre droit inaliénable de choisir, d’exprimer et d’expérimenter avec la diversité de nos sexualités sur internet. La capacité d‘être anonyme le permet.

13. Nous nous opposons fermement aux efforts des acteurs gouvernementaux et non-gouvernementaux pour contrôler, réguler et limiter la vie sexuelle de personnes consentantes et comment celle-ci s’exprime et se pratique sur internet. Nous reconnaissons que ceci fait partie d’un projet politique plus large de contrôle moral, de censure et de hiérarchisation de la citoyenneté et des droits.

14. Nous reconnaissons nôtre rôle en tant que féministes et défenseurs des droits de l’internet dans l’obtention d’un internet sûr, sain, et instructif pour les enfants et les jeunes. Cela inclut la promotion de pratiques de sécurité numériques et sociales. Dans un même temps, nous reconnaissons le droit des enfants à un développement sain, qui comprend l’accès à de l’information positive à propos de la sexualité à des moments critiques de leur développement. Nous croyons à l’inclusion des voix et des expériences des jeunes dans le décisions prise à propos de contenus néfastes ou nuisibles.

15. Nous reconnaissons que la question de la pornographie en ligne est une question de droits de l’Homme et du travail, et est liée au libre arbitre, au consentement, à l’autonomie et au choix. Nous rejetons les liens simplistes de cause à effet entre la consommation de pornographie et la violence contre les femmes. Nous rejetons également le terme générique de contenu pornographique étiquetant tout contenu sexuel tel le matériel pédagogique, le contenu relié à l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre et l’expression reliée à la sexualité des femmes.