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Il ne suffit pas d’avoir une politique de large bande volontariste en Tanzanie

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Par John Mireny pour APCNouvelles

TANZANIE, Tanzanie, 13 October 2009

Cables internet à haute vitesseCables internet à haute vitesseComme ses voisins de l’Afrique de l’Est, la Tanzanie est convaincue des bienfaits de la large bande haut débit. La large bande sera la panacée pour régler toute sorte de problèmes de la société, que ce soit la pauvreté, le manque de services d’éducation et de santé et le manque de services du gouvernement. La fibre optique qui parcourt le cœur du pays pourrait modifier pour toujours le tissu social et économique du pays.

Une politique vient appuyer cette conviction. La large bande est un des éléments fondamentaux de l’ambitieuse politique nationale de TIC lancée en 2003 avec un horizon de six ans. En 2005, pour tenter d’atteindre ces objectifs, un règlement sur les services large bande a été incorporé à la Loi sur le régulateur des communications de Tanzanie (TCRA) – avant même certains de ses voisins.

Or malgré ces progrès considérables, il est à craindre que le pays ne prenne du retard dans la course à la construction d’une société de l’information et que son rêve de devenir un carrefour régional compétitif ne s’évanouisse rapidement. Pour certains, il y a une grande différence entre la politique et la réalité sur le terrain.

Lenteur de l’adoption de la large bande

L’adoption de la réglementation des services de large bande visait à donner aux futurs investisseurs dans les TIC la possibilité d’investir dans un large éventail de technologies pour améliorer l’accès aux entreprises et aux résidences. Mais même si la Loi permet déjà la mise en œuvre de la politique de large bande, notamment en créant un cadre d’octroi de licences convergeant, l’adoption par les entreprises reste limitée.

Cette situation s’explique par différents facteurs. On l’attribue en partie à l’absence de système de câble sous-marin de fibre optique reliant le pays au reste du monde. Les services large bande par satellite ne sont pas commercialement viables, en particulier pour offrir la connectivité large bande et les services de TIC dans les zones rurales de la Tanzanie. Seuls quelques câbles de fibre optique terrestres possédant une capacité excédentaire appartiennent à la Tanzania Electric Supply Company (Tanesco) et à quelques entreprise de services d’eau isolés.

Ce retard technologique ne devrait plus être qu’un mauvais souvenir lorsque SEACOM, le premier câble de fibre optique à offrir la large bande aux pays de l’Afrique de l’Est entrera en service. Lorsqu’il sera fonctionnel, SEACOM assurera une bande passante de grande capacité le long de la côte est de l’Afrique passant par l’Afrique du Sud, le Mozambique, Madagascar, la Tanzanie, le Kenya et Djibouti avant d’être acheminé vers le reste du monde par des points d’atterrissage en France et en Inde.

Des essais sont en cours à une station d’atterrissage sur la côte de Dar es Salaam. On s’attend également à des synergies lorsque le Système de câble sous-marin de l’Afrique de l’Est (EASSy) sera en service l’an prochain. EASSy serait meilleur marché que le satellite et promet d’apporter une grande capacité de large bande.

Le satellite coûte actuellement 300 USD par mégaoctet par seconde pour le transfert de données, alors que le câble de fibre optique ne coûtera que 100 USD.

L’atterrissage d’un câble ne suffit pas

Mais faire atterrir un câble est une chose, l’acheminer jusqu’aux destinataires en est une autre. Le gouvernement prévoit que des partenariats public-privé se lanceront dans le développement de liaisons terrestres nationales pour que le pays s’intègre au village global. Or la stratégie d’investissement nécessaire pour attirer ces partenariats n’est pas encore prête, même si la construction de la dorsale de TIC a déjà commencé.

Une demande latente de services large bande bon marché existe en Tanzanie, où le taux désastreux de pénétration de l’internet n’est que de 1%, selon des données publiées par le Miniwatts Marketing Group de Bogota en mars de cette année, alors que ce taux est de 2,4% en Ouganda et qu’il se situe maintenant à 9,4% en Afrique du Sud.

Les possibilités d’offrir des services large bande haut débit, avec une capacité minimum en aval régulée à 256 kilooctets par seconde, sont concentrés dans les zones urbaines. Et même dans les villes rurales, la possibilité d’utiliser la large bande pour impulser des services comme l’apprentissage à distance et la télémédecine est limitée pas la faiblesse de la demande.

La politique ne tient pas compte de la faiblesse de la demande

La politique de large bande ne s’attaque pas concrètement à cette faible demande des services large bande et manque de vision en ce qui concerne les liens avec l’éducation, la santé, le gouvernement local, les petites et moyennes entreprises (PME), la société civile et les résidences. Il faudrait une stratégie à long terme axée sur la demande qui appuierait et encouragerait la création de contenu; elle encouragerait notamment la télévision publique et les bibliothèques à placer davantage de contenu en ligne et à promouvoir une culture numérique parmi les Tanzaniens.

La mise en œuvre de la politique de large bande a également souffert récemment de l’ambigüité créé par une directive officielle exigeant la migration de toutes les technologies analogiques au numérique d’ici 2015. Ceux qui ont investi dans les technologies de diffusion analogiques se plaignent des coûts que va représenter cette migration. Même si la stratégie vise à optimiser le déploiement des services large bande grâce au cadre d’octroi de licences convergeant, sa mise en œuvre prend du temps car ces investisseurs la jugent punitive.

Malheureusement, le gouvernement n’a pas encore répondu aux appels des parties prenantes afin d’établir un fonds de subventions, qui proviendrait probablement du Fonds d’accès universel, pour faciliter le processus de migration.

Quel horizon?

Il manque à la politique sur la large bande de la Tanzanie telle qu’elle existe actuellement un horizon précis, par exemple, offrir un accès minimum de 100 mégaoctets par seconde aux entreprises et institutions dans les cinq ans. Ce genre de stratégie pourrait prévoir des incitatifs fiscaux pour les partenariats éventuels de construction de la fibre optique terrestre et accélérer la réalisation des avantages sociaux et économiques des services de large bande

À noter que le règlement sur les services de large bande est très enthousiaste au sujet du potentiel de la technologie de ligne électrique large bande pour permettre aux lignes électriques de devenir un troisième câble dans les foyers. Cette technologie entrerait en concurrence avec les lignes téléphonique de cuivre et annoncerait le début des opérateurs de lignes de câble coaxial pour la télévision par câble. Mais il s’agit sans doute d’un rêve qui ne se réalisera jamais dans un pays où le réseau électrique est si peu fiable et où les pannes sont constantes.

En matière d’application concrète, il semble que les planificateurs des TIC n’ont pas encore trouvé leurs stratégies optimales. Ce genre de plan concret, qui tient compte des réalités et présente des résultats mesurable et des cibles réalistes, n’existe pas.

Peu d’information pour planifier l’avenir

Malgré la nécessité d’une planification éclairée et d’investissements stimulants, le régulateur ne publie pas de données sur les abonnements à l’internet large bande, alors même qu’il publie des données sur les abonnés aux lignes fixes et au mobile. Il est important de recueillir de meilleures données sur la large bande pour une politique axée sur la demande lorsqu’on veut “vendre” des services large bande aux grandes et petites entreprises.

Et malgré l’existence d’un règlement de la large bande, des incertitudes inquiétantes demeurent; par exemple, on ne sait pas si l’on adoptera des mesures réglementaires favorables aux entreprises pour que les investisseurs dans les câbles de fibre optique terrestres soient assujettis à des régimes donnant accès aux tierces parties. L’accès aux tierces parties favorise la concurrence en permettant aux concurrents d’accéder aux infrastructures essentielles qu’ils ne peuvent pas construire eux-mêmes.

On ne sait pas non plus si les réseaux nationaux de fibre seront assujettis à un règlement d’interconnexion, un aspect qui a déjà suscité des frictions avec les opérateurs de téléphonie mobile. Les analystes estiment également que pour réaliser tous les avantages sociaux et économiques du réseau national de large bande, il est essentiel que la politique intègre la neutralité du réseau dans la loi.

Il semble que le régulateur soit conscient d’au moins une partie de ces problèmes. Il y a trois ans, le président de la TCRA, Raymond Mfungahema, a déclaré à des décideurs et régulateurs des TIC en Afrique du Sud que “la régulation du secteur des communications est dynamique et en évolution constante”. Il a ajouté que la loi et le règlement de tutelle de la TCRA de 2005 doivent être réexaminés pour tenir compte des changements intervenus dans le secteur. Mais c’était il y a trois ans: on attend toujours.

Cet article a été écrit dans le cadre du projet Communiquer pour influer en Afrique Centrale, de l’Est et de l’Ouest par APC, afin de promouvoir le plaidoyer pour un accès abordable aux TICs pour tous. CICEWA cherche à définir les obstacles politiques qui préviennent un accès abordable à l’infrastructure des TIC en Afrique et à demander leur élimination afin de créer une plateforme solide pour la connectivité sous-régionale en Afrique de l’Est, de l’Ouest et Centrale.

Photo par atmosphera. Utilisée avec permission sous la license Creative Commons 2.0.

(FIN/2009)

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