L’internet : Une porte ouverte au développement pour la population rurale paraguayenne

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Par Natalia Uval pour APCNouvelles

MONTEVIDEO, Uruguay, 10 March 2009

Étudiants du centre multimedia. Foto: José Luis RiehmeÉtudiants du centre multimedia. Foto: José Luis RiehmeAccès à l’internet de 100 institutions de zones rurales au Paraguay. Une population indigène à faible revenu établit pour la première fois un contact avec le monde au-delà de ses relations locales. Voici quelques unes des images que laisse le projet Oportunet initié en 2007 au Paraguay et qui nous montre comment aujourd’hui, l’internet peut devenir une porte au développement économique et social des communautés les plus pauvres.

Dans la région, le Paraguay est le pays qui compte avec la connexion à l’internet la plus onéreuse et le taux de pénétration le plus faible. Seuls 7,8 % de la population sont connectés à l’internet à leur domicile.

D’autre part, le coût de la connexion pour une famille paraguayenne est extrêmement élevé par rapport au salaire minimum du pays. L’entreprise publique Copaco demande, pour une connexion mensuelle illimitée à une vitesse de 256 Kbps, 35 dollars par mois, ce qui représente 13 % du salaire minimum au Paraguay. La situation est très différente dans les pays développés comptant avec un taux élevé de pénétration des technologies de l’information et de la communication. Au Canada par exemple, le coût d’une connexion internet au double de cette vitesse représente environ 5 % du salaire minimum moyen du pays.

C’est dans un tel contexte que naît le projet Oportunet de la Fundación Paraguaya, une organisation cherchant à promouvoir la création d’entreprises au sein des populations à bas revenus. Ce projet a obtenu pour sa réalisation des fonds de l’Agence des États-Unis pour le développement international. L’initiative offre un accès gratuit à l’internet pour une période de deux ans à 100 institutions de zones rurales du Paraguay. L’objectif est d’apporter les technologies de l’information et de la communication aux écoles rurales, aux radios communautaires, aux associations indigènes et autres personnes qui ne peuvent accéder à l’internet.

Dans le centre scolaire indigène Yalve Sanga, au coeur du Chaco (région de steppes) du Paraguay où vit une communauté appartenant au groupe ethnique indigène des « enlhet », l’internet a permis de mettre en place des cours de formation en dactylographie et fonctionnement du réseau (notamment du courrier électronique). « Les enfants et les ados améliorent ainsi largement leurs possibilités professionnelles », a indiqué le coordonateur des formations du lycée à APCNouvelles. Cet établissement scolaire est administré par l’Asociación de Servicios de Cooperación Indígena – Mennonita (ASCIM), une ONG qui coopère pour améliorer la qualité de vie des peuples indigènes du Chaco Central au Paraguay. Elle a obtenu le soutien d’Oportunet pour développer son projet de connectivité. « Nous avons pu observer comment l’internet a radicalement amélioré la qualité de vie de l’ensemble des 145 élèves indigènes de notre établissement », affirme Janz.

D’autre part, la connexion a servi à mieux informer les internautes sur ce qui arrive dans « tous les domaines de la vie ». « Cette réalité les tire de l’anonymat et leur permet de former leurs propres opinions sur ce qui se passe autour d’eux », explique le coordonateur des formations du centre scolaire. « La connectivité permet aux élèves de se sentir plus impliqués dans les évènements de niveau national et international. Ils ne se sentent plus si isolés et perdus au milieu du Chaco. Nous avons même participé avec eux à l’enquête pour le Sommet des Amériques », a-t-il ajouté.

L’internet peut également être utile pour augmenter les possibilités professionnelles : fin 2008, une « bourse à l’emploi » a été créée, intégrant le profil des anciens élèves du lycée. Ce projet est encore trop récent pour avoir des données sur son efficacité.

Actuellement, le lycée met en place un système de remise des devoirs par courrier électronique. « Ce système motive l‘élève à réaliser ses devoirs tout en économisant papier, encre et autres frais », souligne Bruce Janz, coordinateur de renforcement des capacités de “Yalve Sanga” En outre, il est dorénavant possible de voir son bulletin scolaire sur le site internet de l’établissement, en utilisant un code personnel.

L’école Juan Ángel Benítez, dans la localité de Coronel Oviedo, qui bénéficie également du projet Oportunet, travaille dans la même direction. « L’internet a changé nos vies, et au bon moment… Avec nos 1000 élèves, cet outil est complètement adapté à nos besoins. Nous l’utilisons au maximum dans toutes les matières et il nous simplifie tout, la gestion du temps, le travail. Nous avons découvert des choses que nous pensions ne jamais avoir la chance de connaître ; nous avons pu découvrir le monde grâce à lui. Les enfants sont tellement enthousiastes qu’ils ne manquent même plus en classe, l’internet satisfait leur curiosité, et cela est évident », raconte Gladys Irala Giménez, professeure d’informatique au lycée, à APCNouvelles . Ce même enthousiasme a incité la création d’une revue imprimée et numérique. Elle a été épuisée dès sa mise en vente, et l’on peut maintenant la lire sur : http://www.oportunet.com.py/escuelajuanangelbenitez/

Un rapetissement du monde

Une des fonctions principales de l’internet au sein des communautés rurales du Paraguay est de permettre le contact avec un monde extérieur auquel ils n’auraient pas accès autrement.

« Par appel vidéo, une personne a fait voir son petit-fils qui venait de naître en Espagne à sa grand-mère au Paraguay. Elle en avait les larmes aux yeux. Elle ne pouvait pas croire que ce genre de choses soit possible dans notre communauté » raconte José Luis Riehme à APCNouvelles. Il est président d’un centre multimédia communautaire géré par l’association Oñondivepá Teko Sakame (AOTS, qui signifie en guarani « ensemble pour un style de vie transparent ») dans la ville de Capitán Miranda, et qui existe depuis décembre 2007 grâce à des fonds de l’UNESCO et au soutien d’Oportunet. Elle offre aujourd’hui des formations en informatique et des services internet (bande large, caméra web, Skype) à des prix accessibles à la population locale.

L’internet ne sert pas seulement à connaître d’autres personnes et d’autres réalités, mais également à renforcer les liens familiaux déjà existants. À Capitan Miranda par exemple, un taux élevé de personnes sont parties à l’étranger à la recherche de travail et d’une meilleure qualité de vie. L’internet permet également d’établir des liens entre organisations et groupes de la ville.

D’autre part, il s’agit d’un outil précieux pour l‘éducation et la formation professionnelle des enfants et des jeunes. Le centre multimédia de Capitán Miranda travaille actuellement sur un projet dirigé à cette frange de la population. « Nous travaillons sur un projet qui s’intéresse aux enfants et aux jeunes à faible revenu des zones rurales pour les former et leur faire connaître les technologies de l’information et de la communication. Il s’agit d’un défi assez important, étant donné que beaucoup vivent jusqu‘à 15 kilomètres du centre urbain, sur des chemins de terre et avec peu de moyens de transport. Il est pratiquement impossible pour ces enfants de terminer leurs études primaires, puisque ces écoles rurales n’ont que le premier et le second cycle », rapporte Riehme.

Mais beaucoup reste à faire, et le manque de ressources est le principal problème. Janz affirme que la mise en place de cours universitaires en ligne pour les jeunes indigènes qui habitent loin de leurs lieux d’études et l’élargissement de la bande constituent actuellement les deux défis prioritaires. Selon lui, « cela constituerait un apport énorme à la croissance économique et social des sociétés indigènes ».

Voilà dix ans de cela, en cours d’informatique, Janz a dû complètement démonter un ordinateur afin de montrer qu’il n’y avait rien de bizarre à l’intérieur. Aujourd’hui, l’établissement scolaire possède 16 ordinateurs, mais le progrès n’a pas été seulement matériel. L’internet a changé – et continue à changer – de façon radicale la vie des communautés rurales du Paraguay.

Oportunet a fait partie des organisations qui ont participé aux ateliers de TRICALCAR (Créons des réseaux sans fil communautaires en Amérique latine et aux Caraïbes), une initiative de démonstration des réseaux sans fil et de formation organisée par des membres latino-américains d’APC.

À leur retour, les membres d’Oportunet ont expliqué à quel point l’atelier de TRICALCAR leur avait été utile pour revoir la topologie du réseau de leur organisation, évaluer de nouveaux dispositifs et protocoles, et découvrir le VoIP ainsi que d’autres applications qui ne sont pas encore autorisées au Paraguay.

(FIN/2009)

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