Les DVD piratés dans un township sud-africain permet l’accès à la culture et l’inclusion sociale

Your rating: Aucun Average: 2 (1 vote)

Par LC pour APCNouvelles

CALGARY, Canada, 14 March 2011

Bien que le ministère sud-africain du Commerce et de l’Industrie ait renforcé la criminalisation des livres piratés, des films et de la musique, les habitudes de consommation montrent une acceptation généralisée des médias piratés. En fait, une étude de cas à Hanover Park, un quartier pauvre d’une banlieue du Cap, où APC a fait enquête sur le piratage des CD, la plupart des résidents ne faisait aucune distinction entre les biens piratés et légaux.

L‘étude de cas de la Dre Tania Bosch a révélé des tendances plus profondes associées à la piraterie des médias, comme la nature sociale de l’expérience des médias, et l‘élément de rapprochement qu’il établit entre ceux qui peuvent se permettre d’acheter des biens légaux et ceux qui ne peuvent pas, en leur donnant un sentiment d’inclusion sociale.

Hanover Park est situé dans la zone de Cape Flats, en banlieue du Cap. Surnommé le « dépotoir de l’apartheid », c’est un des ghettos urbains où les Sud-Africains noirs ont été déplacés de force. Aujourd’hui, c’est un township de la classe ouvrière, « de couleur » (métis) avec une grande zone industrielle à l’Est et un quartier de la classe moyenne « de couleur » (Lansdowne) à l’Ouest.

La piraterie dans Hanover Park prend de nombreuses formes, mais la plus commune est l’achat de films piratés à des fournisseurs du quartier.

Ces fournisseurs, qui ont un statut social modeste possèdent leur propre ordinateur et graveur de CD et créent des copies en réponse à la demande ou sont des détaillants en achetant des biens sur des marchés urbains plus importants

Dans un contexte où l’accès aux médias audiovisuels est souvent limité à la radio libre et la télévision, la demande des films piratés sur CD est très forte.

« La plupart des gens de cette communauté obtiennent leurs films piratés d’un membre de la famille ou d’un ami proche. Ces réseaux de pirates sont informels et sont fortement fondés sur la confiance », explique l‘étude. Les CD sont généralement choisis par le chef de famille, qui sélectionne les films appropriés pour lui-même et sa famille, et sont souvent partagés ensuite au sein de la famille et des réseaux sociaux.

« L’accès aux médias piratés, dans ces contextes, alimente des pratiques d’écoute et de partage qui renforce les liens entre les familles et au sein des communautés », explique la Dr Bosch.

Le piratage comme norme

Les CD piratés à Hanover Park sont bon marché, généralement de bonne qualité, très axées sur les consommateurs et leur achat n’implique aucun risque de la part du consommateur. « Ce n’est pas illégal car [lorsque] la police me voit avec le CD, ils ne m’arrêtent pas », dit un acheteur.

L’industrie anti-piratage a choisi de montrer la piraterie comme une activité criminelle et les consommateurs des marchandises piratées comme des criminels.

À Hanover Park toutefois, la consommation des biens piratés est considérée comme une activité normale et quotidienne.

L’idée de piraterie était totalement étrangère à certaines personnes interrogées et tous les répondants ont estimé que leur utilisation de produits piratés était légitime, compte tenu de leur situation économique. Les consommateurs moyens estiment qu’ils n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers des solutions moins chères car le prix des marchandises d’origine est tout simplement trop élevé pour eux.

« La moralité ne joue pas vraiment un rôle important car en Amérique, ils ne sentent pas les 80 rands qu’ils perdent à cause de moi parce qu’ils peuvent se le permettre. Ils vivent tous dans des grandes maisons alors que je vis dans un appartement ici à Hanover Park et ça m’est égal qu’ils pensent que je suis un pirate parce que ma situation est différente de la leur ».- Fournisseur)

La classe ouvrière de Hanover Park estime que les divertissements qu’ils peuvent légalement consommer sont très limités. La piraterie est devenue une réalité profondément ancrée dans le mode de vie classe ouvrière. Pouvoir voir des films en même temps qu’ils sont montrés aux États-Unis donne aux consommateurs un sentiment d’appartenance à la communauté mondiale du divertissement.

« Je sais que la piraterie est un crime, mais nous continuerons parce que nous sommes moins fortunés, indépendamment du fait que c’est un crime, juste pour nous donner du réconfort, pour que nous puissions dire que nous faisons aussi partie de la foule, j’ai également regardé ce film ». – Consommateur

Regarder des films, une affaire sociale

Dans les communautés de la classe moyenne, regarder des films est une expérience de plus en plus privée car les gens possèdent davantage de lecteurs médias personnels, d’écouteurs, de téléviseurs, etc., mais à Hanover Park regarder des films ou des séries télévisées sur un CD est une activité sociale qui a lieu entre amis et la famille.

« Cette dimension collective de l‘écoute n’est pas décrite comme une nécessité dans ces interviews, mais plutôt comme une partie fondamentale de l’expérience des médias qui conduit à d’autres formes de sociabilité », explique Dre Bosch.

Une personne interrogée indique : « D’habitude, j’invite ma mère à prendre une bonne tasse de café et je mets un film de Bollywood. Et nous tous, nous sommes sept enfants, nous venons tous ensemble et nous en parlons après ».

Une personne interrogée indique : « D’habitude, j’invite ma mère à prendre une bonne tasse de café et je mets un film de Bollywood. Et nous tous, nous sommes sept enfants, nous venons tous ensemble et nous en parlons après ».

La piraterie: un pont entre les classes sociales

Ces dernières années, outre l’adoption de tendances culturelles des États-Unis, une nouvelle culture internationale indienne a également vu le jour, et les films de Bollywood sont en tête de liste des films étrangers que l’on regarde à Hanover Park.

Mais si l’on insiste, les répondants disent presque toujours préférer Hollywood et l‘étude de la culture noire et de la vie des gangs en particulier.

« Les films de gangsters figuraient en bonne place sur la liste car ils correspondent à la culture locale du hip-hop et à l’intérêt pour la culture noire américaine », explique Dre Bosch et « les spectateurs ne consomment pas aveuglément les produits culturels américains, mais ont souvent une très bonne compréhension du terrain culturel, très conscients de la dynamique et des politiques raciales et en mesure d‘établir des parallèles avec la situation sud-africaine ».

Pourtant, lorsque les habitants de Hanovre Park ont été interrogés au sujet des médias sud-africains, seulement deux films sud-africains ont été mentionnés ( Tsotsi et Jerusalema ), ainsi que quelques émissions de télévision ( Generations et 7DE Laan ).

Les biens piratés peuvent diversifier les environnements médiatiques dans lesquels les gens vivent, mais « très peu de Sud-Africains vivent dans le contexte médiatique des pays à revenus élevés et à forte bande passante », conclut Dre Bosch.

La fonction principale des réseaux pirates d’Afrique du Sud est de rendre la culture populaire et la culture de masse plus accessible plus rapidement dans les régions pauvres.

Pouvoir regarder des films à peu près en même temps que des consommateurs économiquement privilégiés peut sembler un peu frivole, mais l‘étude suggère que cela fait partie d’une « expérience de plus en plus importante d’inclusion dans une communauté mondialisée des médias ».

« Ces formes d’intégration sont particulièrement fortes dans des pays comme l’Afrique du Sud où la marginalité réelle et perçue – géographique, économique, raciale et autre – est enracinée dans l’expérience quotidienne à de nombreux niveaux », dit Dre Bosch.

Cet article est tiré d’un rapport “Piracy as counter-hegemony: A Cape Flats case study”, commamdé par APC et rédigé par Tanja Bosch du Centre for Film and Media Studies de l’Universty of Cape Town, Afrique du Sud.
Cet article a été écrit dans le cadre de l’étude sur le piratage médiatique, une etude menée par APC.

Vous pouvez lire le rapport complet sur l’Afrique du Sud (en anglais) dans la publication « Media Piracy in Emerging Economies » de SSRC Books. Auteurs : Natasha Primo, Libby Lloyd. Contributeurs : Natalie Brown, Adam Haupt, Tanja Bosch, Julian Jonker, Nixon Kariithi.

Publication complete: : Karaganis, Joe (ed.). 2010. Media Piracy in Emerging Economies. SSRC Books.

Photo par Urban Adventures. Utilisée avec permission sous la licence Creative Commons.

(FIN/2011)

Connexion