Le filtrage des contenus dans les bibliothèques américaines est aléatoire

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Par Sex Work Awareness pour GenderIT.org

NEW YORK, États-Unis, 30 April 2010

Filtrage?Filtrage?Cet article examine l’utilisation des filtres sur les ordinateurs des bibliothèques publics ayant un accès à l’internet. Les gens aux Etats-Unis (EU) ont un grand accès à l’information sous forme papier et en ligne en raison du premier amendement à la Constitution des Etats-Unis, qui garantit la liberté de parole, et donc son double, l’accès à l’information. Cependant, beaucoup de gens aux EU, particulièrement les jeunes et les personnes économiques défavorisées (qui sont en grande partie des personnes de couleur), dépendent des ordinateurs dans les écoles et dans les bibliothèques pour accéder à l’internet pour l’information et cela affecte leur capacité à accéder à l’information.

La loi de protection lié à l’internet des enfants (Children’s Internet Protection Act)

La Children’s Internet Protection Act (CIPA) est l’un des principaux outils utilisés par le gouvernement fédéral pour contrôler l’accès à l’internet dans les espaces publics. La CIPA n’est pas la première initiative pour restreindre le contenu sur les ordinateurs publics. Des essais précédents pour réglementer et restreindre le contenu en ligne par le biais du décret sur la communication décente (Communications Decency Act -CDA) et le décret sur la protection en ligne de l’enfant (Child Online Protection Act – COPA), étaient jugés anti-constitutionnels sur la base qu’ils violaient les droits liés au premier amendement. Le CDA a tenté de réglementer le contenu en instituant que c’était un crime que d’envoyer intentionnellement du matériel “indécent” à des mineurs. Le CDA ayant été jugé anti-constitutionnel par la Cour suprême a conduit à la création du COPA. Le COPA a poussé plus loin le concept initial du CDA en y ajoutant que la transmission d’une communication jugée « dangereuse pour les mineurs », si elle effectuée dans un but commercial, est prohibée (ALA, 2010). Le problème autour de ces deux décrets comprend (mais n’est limité à) une définition vague des termes, y compris « commercial »; à qui revient la responsabilité de déterminer les standards communautaires de décence ; et la transgression des droits des adultes à la vie privée (Electronic Frontier Foundation, 2010). A la différence du CIPA, le COPA ne visait pas les bibliothèques mais plutôt le secteur privé.

La création du CIPA avait été acceptée et promulgué par le Congrès des Etats Unis en 2000, directement affectant les écoles publiques et les bibliothèques. Il stipule que les écoles et les bibliothèques recevant du financement pour acheter les ordinateurs utilisés pour accéder à l’internet ou pour couvrir les coûts que l’accès à l’internet doit avoir :

en place une politique pour la sécurité des mineurs sur l’internet qui comprend l’utilisation d’une mesure de protection technologique concernant n’importe lequel de ses ordinateurs ayant accès à l’internet qui protégent l’accès par de tels ordinateurs aux images visuelles qui sont (A)(i)(I) obscènes ;(II) de la pornographie infantile ou (III) dangereux pour les mineurs; (ii) et rend obligatoire l’utilisation d’une telle mesure de protection technologique pendant n’importe quelle utilisation de tels ordinatuers par des mineurs (Title xvii – Children’s Internet Protection Act, p. 3).

Le comité sur la liberté intellectuelle de l’Association américaine des bibliothèques (American Library Association – ALA) soutient que “l’utilisation dans les bibliothèques de logiciels filtres pour bloquer des discours constitutionnellement protégés est contradictoire avec la constitution des Etats-unis et la loi fédérale et pourrait entraîner des poursuites judiciaires pour la bibliothèque et ses autorités administratives ». L’ALA estime que les problèmes découlant de l’utilisation de logiciels de filtrage incluent le blocage de matériels protégés par le premier amendement et la possibilité d’une opinion imposée du fait de filtres qui n’auraient pas permis l’accès à toutes les informations pertinentes en vue de permettre à l’usager d’être bien informé. La loi pourrait aussi suggérer aux parents que leurs enfants seront protégés des informations qu’ils ne veulent pas que leurs enfants voient ou lisent. Des problèmes supplémentaires concernant les droits des mineurs comprennent le blocage à outrance de document qui est constitutionnellement protégé tout comme l’insuffisant blocage d’images et de textes éventuellement inadaptés. Bien que la CIPA n’exige pas le filtrage de texte, la décision de filtrer du contenu autre que des images visuelles est prise localement (Boss, 2004).

De vagues définitions dans la CIPA, comme le terme ‘dangereux pour les enfants”, signifie que des termes-clés sont subjectifs, avec des définitions variant d’un utilisateur à l’autre, au sein des communautés, et parmi le personnel IT. Le résultat est que ces lois sont mises en œuvre différemment à divers endroits, variant à travers les villes, les comtés et les états. La bibliothèque et le lieu où elle est située détermine ainsi à quelle information une personne peut accéder en utilisant les ordinateurs de la bibliothèque publique.

Les logiciels de filtrage et leurs problèmes

Pour savoir comment ces lois affectent les usagers des ordinateurs, nous avons visité quelques bibliothèques. Nous avons utilisé des moteurs de recherche sur les ordinateurs des bibliothèques pour savoir si le filtrage était activé et si oui, ce qui était filtré. Nous avons parlé au personnel de la bibliothèque, y compris le personnel IT responsable d’installer et de gérer les dispositifs de filtrage, en Pennsylvanie, New York, Georgie et Delaware, pour ne nommer que quelques-uns.

Certains endroits utilisent des filtres, tandis que d’autres utilisent des termes de service pour expliquer ce à quoi on peut accéder. Un membre du personnel IT de la région nord-est des Etats-Unis a indiqué qu’il existe des compagnies de logiciels de filtrage avec diverses catégories de filtres que les bibliothèques peuvent choisir d’utiliser dans leurs paquet de logiciel. « Smartfilter », par exemple, est un programme de filtrage fourni par la compagnie de technologie de sécurité McAfee. Smartfilter a plus de 30 catégories de filtrage, allant de ‘Alcool’ à ‘Discours de haine’ et ‘Chat’, parmi lesquelles un client peut choisir. De tels logiciels de filtrage peuvent aussi être personnalisés sur la base des préférences de l’utilisateur (McAfee, 2010). Dans cette bibliothèque particulière, ils filtrent sous trois catégories : pornographie, logiciels malveillants et phishing.

Dans les endroits avec filtres, les articles qui sont filtrés ne sont pas les mêmes dans les bibliothèques ou les compagnies de logiciels. Le filtrage ne peut pas être réglé. Si un filtre exclut la pornographie ou du contenu violent, il exclura probablement également les informations sur la santé. Les filtres de contenu internet refusent l’accès à certains sites sur la base de listes noires ou de listes de mots-clés interdits, une pratique qui tend à exclure plus que les sites visés (de la même façon qu’ une recherche sur un moteur de recherche donne des résultats non désirés). Avec le filtrage par mots-clés, tous les articles non concernés sont également bloqués. Par exemple, dans une large ville de la côte est, le mot « anal » semblait être filtré, ce qui empêchait les gens d’avoir accès à de l’information sur (par exemple) le cancer anal de même qu’un tout contenu sexuel potentiel.

Dans la bibliothèque d’une petite ville au New England, aucun filtre n’est utilisé. Dans cette bibliothèque, toutes les informations peuvent être accédées. Cependant, il est demandé aux utilisateurs des ordinateurs de signer les termes de références, qui incluent une clause stipulant que les mineurs utilisent la bibliothèque et que les contenus inadaptés ne sont pas autorisés. Cela signifie qu’il peut être demandé aux utilisateurs qui accèdent à de la pornographie ou à d’autres matériels inappropriés d’arrêter. La bibliothécaire a dit qu’ils ont eu très peu de problèmes, mais que quand elle travaillait dans une grande ville, ceci n’aurait pas fonctionné. Elle a expliqué que dans une petite communauté où tout le monde se connaît, les gens, y compris les jeunes, ne sont pas portés à briser ouvertement les règles communautaires. Cependant, dans une large ville avec un certain niveau d’anonymat, il n’existait pas les mêmes contraintes.

Dans une bibliothèque située dans la zone métropolitaine d’une grande ville de la région sud est du pays, les logiciels de filtrage étaient seulement installés sur les ordinateurs utilisés par les enfants, comme c’est le cas pour d’autres bibliothèques que nous avions visitées. Néanmoins, dans cette bibliothèque, l’âge requis pour une carte d’adulte est 13 ans. Bien que les parents peuvent obtenir la carte de bibliothèque, une fois qu’un enfant (moins de 17 ans) accède à l’internet, il a la même liberté d’information que les adultes. Tous les utilisateurs d’internet doivent accepter les termes d’utilisation avant d’accéder à l’internet, termes incluant « J’éviterai toute chose qui pourrait être gênant pour d’autres personnes, comme par exemple montrer les images inappropriées pour une audience générale. » (SAM Library Internet Access Program, Internet Access Manager, 2009). De tels règlements vagues créent une zone sombre dans la mesure où rien n’est clair à propos du matériel qui pourrait être inapproprié pour d’autres, et cela offre de la discrétion –si personne ne se plaint, tous les contenus pourraient être accessibles- de même que la possibilité de la vigilance à outrance et de la restriction.

Dans une autre bibliothèque, dans une grande ville située sur la côte nord-ouest, les logiciels de filtrage sont installés sur tous les ordinateurs desservant aussi bien les adultes que les enfants. Dans cette bibliothèque, nous avons aussi cliqué sur des sites sélectionnés qui avaient été générés dans les résultats de recherche. Bien que nous ayons été en mesure de chercher tous les termes, l’accès avait été refusé pour certains de ces sites. Par exemple, en cherchant les termes « travail du sexe » et « droits des travailleurs du sexe », nous avions été capables d’accéder à certains sites comme http://www.sexwork101.com, mais incapable d’accéder à www.desireealliance.org. Il s’agit pour les deux de sites d’organisations de travailleurs du sexe. Un autre exemple est la recherche du terme « changement de sexe », qui a bloqué le site www.feminizationsurgery.com, mais a permis l’accès à www.srsmiami.com, tous les deux sites fournissant de l’information sur la chirurgie de réattribution de sexe et/ou sur les services fournis. De plus, certains sites qui étaient permis pouvaient contenir des pages bloquées. Le personnel IT de cette bibliothèque nous a informés que l’Administration des services publics détermine ce qui est filtré. Néanmoins, de la même façon qu’un responsable de bibliothèque peut demander qu’un site ou un terme soit filtré, il peut également demander qu’un site soit enlevé d’une liste de sites filtrés.
Les deux exemples de sites bloqués mentionnés ci-dessus montrent clairement comment les gens peuvent potentiellement être affectés par le blocage de l’information et influencés par l’accès incomplet à l’information. Par exemple, les travailleurs de sexe et les personnes transgenre peuvent être affectés par de telles restrictions à l’information s’ils doivent compter sur les ordinateurs de bibliothèques publiques. Les travailleurs du sexe aux E-U pourraient accéder à de l’information du site Work Awareness’s sexwork101 mais être privés de l’information sur Desire Alliance, le réseau national des travailleurs du sexe aux E-U. Les personnes cherchant de l’information sur la chirurgie de réattribution de sexe pourrait trouver des informations sur un spécialiste donné en Floride mais être empêchées d’accéder au site comparant les résultats d’une variété de chirurgiens.

Nous avons été en mesure de visiter des bibliothèques dans divers endroits dans la partie orientale des E-U et voulons étendre la portée géographique de ce projet. La prochaine phase de recherche sera de lister d’autres personnes pour aller dans leur bibliothèque locales et utiliser le questionnaire en ligne pour conduire des recherches et signaler ce qu’ils avaient été capables d’accéder, et quels contenus, s’il y en avaient, étaient bloqués. Le lien pour l’enquête est sur le site de SWA. Nous aurons un bon nombre de participants parce que Audacia Ray, personnage réputé de l’internet nous aidera à promouvoir l’enquête. Nous espérons que les lecteurs de genderIT aux Etats-Unis participeront.

Références
American Library Association (ALA) (2010). CPPA, COPA, CIPA: Which One Is Which? Consulté le 24 février 2010 sur http://www.ala.org/ala/aboutala/offices/oif/ifissues/issuesrelatedlinks/...
ALA Intellectual Freedom Committee (2000). Statement on Library Use of Filtering Software. http://www.ala.org/Template.cfm?Section=IF_Resolutions&Template=/Content...
Boss, R. W. (2004) Meeting CIPA Requirements With Technology. Consulté le 24 février 2010 sur http://www.ala.org/ala/mgrps/divs/pla/plapublications/platechnotes/inter...
Electronic Frontier Foundation (EFF) (2010). COPA (“CDA II”) Legal Challenge Page. Consulté le 24 février 2010 sur http://w2.eff.org/legal/cases/ACLU_v_Reno_II/
McAfee (2010). McAfee Smartfilter. Consulté le 15 janvier 2010 sur http://www.mcafee.com/us/enterprise/products/email_and_web_security/web/...
SAM Library Internet Access Program, Internet Access Manager, (2009). Internet Terms of Use.
United States Child Internet Protection Act (CIPA) (2001).

Photo: FallWithMe Utilisée avec permission sous la license Creative Commons.

(FIN/2010)

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