Comment l’Amérique latine comprend la gouvernance de l’internet

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Par Pablo Accuosto et Valeria Betancourt pour APCNouvelles

RIO DE JANEIRO, Brésil, 18 March 2008

C’est à l’initiative du Réseau d’information pour la société civile (RITS - Red de Informaciones para el Tercer Sector) que des groupes d’Amérique latine et des Caraïbes se sont rencontrés le 11 novembre 2007 à Rio de Janeiro pour un échange de points de vue sur les thèmes qui devaient être débattus dès le lendemain, lors du deuxième Forum sur la Gouvernance de l’Internet.

Les déséquilibres marqués existant entre les coûts d’accès au réseau, tant au niveau national qu’international, ont été analysés dans le cadre de l’axe thématique « ressources critiques de l’internet ». Carlos Afonso, de RITS, qui était chargé d’introduire le sujet, a considéré comme préoccupante l’absence d’une arène de négociation des coûts du trafic international, qui laisse la fixation des prix aux mains de grandes entreprises ou consortiums privés. C’est ainsi que les coûts de connexion dans les pays en développement sont généralement nettement supérieurs à ceux des pays centraux (à l’instar des coûts d’accès dans les zones les plus éloignées des centres urbains qui sont nettement supérieurs dans certains pays).

Sebastián Bellagamba, de l’Internet Society (ISOC), a indiqué que la situation dans laquelle se trouve la région sur le plan du développement de l’internet découle de l’interaction entre de nombreux facteurs. Il est selon lui nécessaire, dans le cas des coûts d’interconnexion par exemple, de considérer attentivement ce que sont les faiblesses des pays de la région dans la négociation de meilleurs tarifs internationaux de connexion. Un volume de trafic plus élevé doit être atteint, ce qui implique nécessairement d’additionner les trafics régionaux. Ce qui amène à son tour à la nécessité d’accroître les trafics locaux et entre les pays de la région. L’augmentation du trafic régional dépend naturellement de la topologie physique du réseau et de l’existence de liens directs, tant entre les pays de la région qu’au sein de ceux-ci, mais cette augmentation est aussi fortement conditionnée par la disponibilité de contenus qui motivent ce trafic.
 
Adopter une perspective ample dans l’analyse des coûts d’interconnexion - tout comme mettre l’accent sur la création d’une demande de contenus locaux – est une position défendue également par Raúl Echeberría dans un article récent. En partant de cette vision « holistique» des problèmes qui touchent la région, il est possible et nécessaire d’identifier des responsabilités nationales et régionales dans le manque de politiques réussies qui placent nos pays dans une position de négociation plus favorable (sans pour autant ignorer les dynamiques économiques et politiques mondiales).

L’ouverture était l’un des autres thèmes examinés. Fernando Barrios, de l’Université Métropolitaine de Londres, a insisté sur la nécessaire ouverture de la technologie, des cadres réglementaires et des processus décisionnels. Il a indiqué que l’adoption de standards ouverts devrait être une condition dans les pays en développement et que les cadres réglementaires doivent garantir l’accès aux outils et à la connaissance et doivent favoriser une compétence réelle, renforçant ainsi la capacité réglementaire des états. L’ouverture des processus décisionnels est avant tout une question de démocratie et est la réponse aux nouvelles formes de domination et de dépendance imposées par la mondialisation.

Sur le thème de la diversité, Daniel Pimienta s’est attardé sur la nécessité de saisir cette question dans son intégralité. Il a présenté à cette fin un cadre d’analyse de la fracture numérique: la fracture paradigmatique. L’analyse de Daniel se fonde sur la compréhension du fait que la fracture numérique est le reflet dans le monde numérique de la fracture sociale et qu’il faut surmonter certains obstacles pour tirer pleinement profit du potentiel des TIC à être le catalyseur de changements de paradigmes.

Enfin, les participants à la réunion ont débattu de la nécessité d’avoir à disposition des espaces ouverts de dialogue au niveau régional pour progresser vers des propositions et des solutions concrètes sur les thèmes abordés dans le cadre du FGI. Même s’il existe des arènes politiques régionales permettant de débattre de certains de ces thèmes, comme le processus de l’eLAC, celles-ci sont conditionnées et limitées par la pression à laquelle elles sont soumises d’aboutir à des accords négociés ainsi que par leur caractère éminemment intergouvernemental. Lors de la réunion facilitée par RITS, certains participants ont avancé la possibilité de créer un « chapitre latino-américain du FGI » qui, selon les mêmes principes que le forum mondial, permettrait l’élaboration de propositions et d’alternatives de solutions concrètes que la région pourrait ensuite verser aux débats du FGI.

Que la volonté politique nécessaire pour que cette initiative prospère soit rassemblée et nous aurions là l’une des premières conséquences positives pour l’Amérique latine de la tenue du FGI au Brésil et la possibilité pour les acteurs de la région de s’intégrer activement à la dynamique du forum et à sa logique de fonctionnement.
 

(FIN/2008)

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