Mise en œuvre de projets au niveau communautaire : Vue d’ensemble


Tina James, icteum consulting, Afrique du Sud



1.1.1 Introduction

 
1.1.2 Choix de technologies innovantes
                Téléphonie mobile et application
                     Technologies sans fil

1.1.3 Modèles commerciaux et possibilités de projets communautaires de TIC
             3.1 Modèles de propriété communautaire et modèles dirigés par les communautés
             3.2 Coopératives   
             3.3 Modèles dirigés par le gouvernement
             3.4 Modèles du secteur privé et création d’entreprises communautaires

1.1.4 Recommandations pour réussir la mise en œuvre d’un projet

 Études de cas


      1.1.1 Introduction

Ces dernières années ont vu une recrudescence d’intérêt pour l’autonomisation des pauvres au travers des technologies de l’information et des communications (TIC) bon marché et à coûts abordables. Pour y parvenir, il faut des politiques pro-pauvres et des cadres réglementaires qui créent un environnement favorable au développement d’une infrastructure appropriée et abordable dans les régions mal desservies, des initiatives à grande échelle qui offrent des services facilement accessibles et abordables pour les pauvres, des projets durables avec des fonds suffisants, un engagement et une appropriation des projets, l'allocation de ressources humaines suffisantes pour en assurer l’entretien, et enfin un contenu approprié qui donne aux pauvres des outils pour améliorer leurs conditions et qualité de vie. Cette vue d’ensemble fait la synthèse des possibilités offertes par les nouvelles technologies et les questions que posent leur mise en œuvre dans des projets communautaires, notamment au sein de communautés pauvres, marginalisées et mal desservies.

Il est rare que l’initiative d’une seule institution ou d’un ministère réussisse à elle seule à obtenir un accès équitable, et ce n’est pas non plus le territoire des seules entités publiques ou des grandes entreprises de télécoms privées : les efforts à fournir pour desservir des marchés peu attrayants (généralement les régions plus pauvres et plus éloignées) sont le plus souvent vraiment trop importants pour les fournisseurs traditionnels de services de télécoms, pour de faibles rendements financiers. Pour atteindre les sections les plus défavorisées des sociétés en développement, il convient donc d’adopter une approche de politiques pro-pauvres, dont on trouvera l’analyse détaillée dans le module Questions politiques et réglementaires de la présente trousse de ressources.

Une grande variété de solutions ont malgré tout été proposées pour répondre aux besoins des populations mal desservies, notamment le développement de modèles d’entreprise innovants, qui impliquent la participation de divers propriétaires et acteurs comme les autorités municipales et locales, les coopératives, les modèles de propriété ou de direction communautaire, ou encore les modèles du secteur privé, qu'il s'agisse de grandes sociétés ou de petites entreprises locales. En règle générale, ces modèles innovants sont mis en œuvre à petite échelle, ils utilisent des technologies bon marché comme les réseaux sans fil et les logiciels libres, et la communauté y est fortement impliquée de diverses façons : elle contribue selon le principe d’apports personnels en main-d’œuvre à installer les appareils ou acheter des actions pour fournir le capital de lancement.

Mettre en œuvre des projets d'accès aux TIC dans les communautés pauvres et marginalisées présente de nombreuses difficultés, notamment le manque d'accès aux infrastructures de TIC, le manque d'électricité pour faire fonctionner les appareils, le manque de connaissances des technologies disponibles dans un marché en continuelle évolution, le manque de compétences des ressources humaines pour élaborer, installer et entretenir les technologies, le manque d’accès des projets de grande envergure à des sources de financement, le manque de sensibilisation du public aux bénéfices d'un accès aux TIC, les difficultés à se frayer un chemin dans les bureaucraties locales, et le manque d’ouverture aux TIC des environnements politiques et réglementaires. En outre, il est courant de faire face dans ce domaine à des inégalités de genre, qui exigent des interventions spécifiques pour redresser la situation. Trois études de cas feront ici part de la façon dont quelques projets communautaires ont abordé ces questions et de leçons qui pourraient être utiles pour d'autres projets :

Cet aperçu s'intéresse à la mise en œuvre selon les perspectives suivantes :

Les TIC se réfèrent à une variété de technologies anciennes, nouvelles et émergentes, notamment la radio, la télévision, la transmission voix et données par ligne fixe, la téléphonie sur protocole internet (VoIP), et plus récemment le développement de nouvelles technologies dans la téléphonie mobile et les nombreuses technologies sans fil. Le récent développement des TIC et les possibilités qu’elles offrent, comme l’internet et la technologie mobile, menacent les principaux médias traditionnels et réduisent la consommation du public, si bien que ceux-ci se tournent de plus en plus vers le mobile et les applications en ligne pour attirer leur public et leur permettre de contribuer au contenu - augmentant ainsi les possibilités d'interactivité pour les citoyens.

Le choix de la technologie peut être déterminant de la mesure dans laquelle les TIC sont utiles aux pauvres. La technologie la plus accessible reste généralement la radio, et le nombre croissant de radios communautaires joue un rôle essentiel pour offrir des informations adaptées localement aux communautés pauvres.

Depuis 1990, il a été fait grand cas de l’offre de l’accès téléphonique et internet aux communautés mal desservies par des points publics d’accès internet. De nombreux pays ont créé un service universel et des fonds d’accès en suivant des mécanismes publics pour apporter les fonds nécessaires à la mise en œuvre de l'accès, au travers de cabines publiques ou de télécentres communautaires2 qui offrent des services téléphoniques et internet à des tarifs abordables. En règle générale, les télécentres ont eu beaucoup de difficultés à atteindre un accès universel, et ce pour diverses raisons : un accès internet coûteux et peu fiable par connectivité de ligne fixe et par satellite, un système électrique peu fiable, ou encore un manque d'engagement ou d'appropriation, pour n’en mentionner que quelques-unes3. L’avènement des technologies sans fil a ouvert de nouvelles possibilités meilleur marché pour étendre l'offre de l'accès aux TIC et d'un accès équitable pour les pauvres.

On favorise de plus en plus les options et les solutions de neutralité technologique (comme les mesures politiques souhaitant délibérément de ne favoriser aucune technologie en particulier), notamment les normes libres, le matériel libre et les logiciels libres, afin d’encourager les innovations au niveau communautaire. (Pour une analyse plus détaillée, voir l’aperçu du module Questions politiques et réglementaires).

Téléphonie mobile et applications

Les communications mobiles, avec plus de deux milliards d’abonnés prévus fin 2008, ont connu une croissance impressionnante dans le monde entier. Elles ont notamment été largement adoptées dans les pays en développement, avec une croissance annuelle de 39-  % en Afrique et de 28 % en Asie pour la période 2006-20074. 45 % des villages d’Afrique sub-saharienne y étaient connectés en 2006. La téléphonie mobile est également devenue la forme d’accès la plus populaire en Amérique latine et aux Caraïbes, qui ont vu leur utilisation passer de quatre millions en 1995 à plus de 300 millions dix ans plus tard5. Il s’agit souvent du seul moyen de communication dont les pauvres disposent, même si dans la plupart des cas, cette pénétration du mobile s'est effectuée en l'absence de politiques de service universel ou d'accès 6.

Tout pointe vers une modification du modèle économique dans la prestation des télécommunications, qu’il s’agisse de la mise à disposition de mobiles de plus en plus flexibles et à coûts de plus en plus abordables ou de la contribution évidente de l’utilisation pro-pauvres à l’extension de la pénétration, et ce en dépit des faibles rendements de ces marchés. La prestation de services de télécommunication mobile exige cependant des installations coûteuses effectuées selon les cadres réglementaires en place, et elle est entre les mains d'entreprises privées et/ou publiques. Ce système empêche la viabilité d'une propriété communautaire, mais a tout de même permis les innovations pro-pauvres pour la réduction des coûts d'utilisation du mobile, avec la popularité des systèmes prépayés, la possibilité de partager un téléphone mobile, le rappel automatique, la "vente" informelle de services téléphoniques des propriétaires de mobiles, la large utilisation des SMS, et les nombreux projets de micro-financement pour les vendeurs de mobiles. Voici quelques-unes des utilisations possibles du mobile qui se sont révélées utiles aux pauvres :

On offre aujourd’hui un large éventail de services et d’applications dont bénéficient les communautés pauvres, dans des domaines aussi variés que les renseignements par SMS sur l’état du marché pour les agriculteurs, les services bancaires sur mobile pour les pauvres, ou les PDA (assistants personnels numériques ou ordinateurs de poche) pour améliorer les services de santé (voir l'étude de cas du Réseau d'informations sur la santé du Mozambique). Les exemples ci-dessous illustrent les différentes possibilités qu'offrent les applications :

La pénétration du mobile est très importante, mais il reste de nombreuses zones dans lesquelles il est très peu probable que les opérateurs de mobile n’aillent offrir leurs services, notamment dans les zones éloignées et peu peuplées, dont les habitants sont trop pauvres pour pouvoir payer des coûts élevés de communication. Il est vraisemblable que les nouveaux venus dans le secteur du mobile ne trouvent eux aussi ces régions peu attrayantes, et tant les structures centralisées de réseaux mobiles nécessaires (impliquant un modèle descendant avec peu d’acteurs) que les coûts élevés d’installation sont également des problèmes à résoudre.

L’avènement de nouvelles technologies sans fil comme le Wifi et le WiMAx, et la construction de réseaux sans fil par les communautés ont quant à eux créé de nouvelles possibilités pour atteindre les pauvres des régions rurales.

Technologies sans fil

L'ensemble de technologies le plus important qui ait été élaboré depuis le début des années 1990 est appelé Wifi, ce qui consiste en une plateforme de réseaux sans fil basée sur une norme internationale, 802.11, qui fonctionne dans le spectre 2,4 Ghz à 5 Ghz, et dont la portée est d’environ 150 mètres. À l’origine censé fonctionner dans des environnements intérieurs en utilisant un spectre sans licence, il permettait d'installer des réseaux locaux sans fil dans les immeubles. Fin 1990, la norme IEEE13 802.11b a été créée pour offrir la possibilité d'interopérabilité, permettant ainsi aux ordinateurs portables et de bureau d'être reliés en réseau sans nécessiter de câbles gênants et coûteux. Ce système a rapidement été élargi pour être déployé en extérieur, pour permettre aux ordinateurs d'être reliés sans fil entre les immeubles et sur de courtes distances.

Le fait que le Wifi fonctionne selon des normes libres signifie que les fournisseurs de services sont libres de choisir quelles technologies et logiciels ils souhaitent déployer pour l'installation de leurs réseaux, et qu'ils ne sont pas obligés d'utiliser les logiciels ou le matériel propriétaires. Pour les communautés pauvres, cela donne la possibilité d'établir des réseaux bon marché avec des technologies localement disponibles et à coûts relativement faibles. Combiner différentes technologies est également une façon de donner aux petits acteurs un rôle à jouer sur la scène des télécommunications, en leur permettant d'offrir des prestations téléphoniques et internet aux communautés locales. Cependant, dans de nombreux pays, les cadres réglementaires interdisent la prestation de ces services, et il faut donc entreprendre des actions de plaidoyer pour faire changer les choses et autoriser le déploiement des réseaux Wifi. Deux des études de cas analysées dans ce module de mise en œuvre de projets (le Système d'informations agraires de Huaral et le projet de réseau sans fil du Népal) illustrent comment le fait d'exercer une pression politique sur les réglementations peut permettre d'offrir des prestations de services à des communautés pauvres. Dans le cas de Huaral, le comité d’irrigation, une organisation communautaire locale aidant les agriculteurs, a obtenu l'autorisation d’offrir des services télécoms à ses membres, chose auparavant interdite. Dans le cas du projet du Népal, le coût des droits de licence a pu être considérablement réduit (de 2 000 dollars US à moins de 2 dollars US), ce qui a permis aux réseaux communautaires d'offrir des tarifs abordables et d'avoir plus de chances d'être économiquement viables.

Voici cinq ans, une nouvelle norme a été créée, IEEE 802.16, plus connue sous le nom de WiMAX, qui fonctionne sur une plus grande bande de fréquences (entre 2 et 11 Ghz), et qui permet d'offrir une large bande de meilleur qualité sur des distances plus grandes, de 35 à 40 kilomètres. Cette technologie n'est cependant pas encore très bon marché, et est sujette à des restrictions réglementaires dans de nombreux pays14.

Les réseaux sans fil fonctionnent pour de nombreux projets et offrent un accès durable et abordable aux communautés, principalement en raison de leurs faibles besoins en entretien. Des spécialistes enthousiastes en réseaux sans fil se sont également regroupés en ligne pour aider avec leur savoir-faire15. À continuation, des exemples illustrent les nombreuses façons d’installer des réseaux sans fil pour des projets communautaires :

          1.1.3 Modèles commerciaux et possibilités de projets communautaires de TIC

Les nouvelles options technologiques ouvrent le champ à de nouveaux modèles commerciaux qui permettent d’assurer un accès aux TIC plus économique pour les pauvres. Les obstacles du démarrage ont été réduits grâce aux moindres investissements nécessaires, à la présence d'informations (et de plus en plus d'études de cas) sur les approches ascendantes pour installer des réseaux communautaires et des programmes d’accès aux TIC, grâce enfin à la convergence des technologies qui ouvrent la porte à de nouvelles possibilités plus économiques. En outre, la communauté internationale des donateurs s’intéressent de plus en plus aux modèles de propriété communautaire dans la mise en œuvre des projets favorisant les TIC.

3.1 Modèles de propriété communautaire et modèles dirigés par les communautés

Parmi les possibles engagements, il peut s’avérer important d’impliquer la communauté elle-même à un projet20. Il ne s’agit pas uniquement de mise en œuvre dans les communautés pauvres, puisque des modèles existent également dans des projets sans relation avec le développement, et ce type de modèle ne s’applique pas toujours forcément à des projets concernant les nouvelles technologies de TIC.

Modalités à suivre pour une implication de la communauté

Les nouveaux modèles dirigés par la communauté

La facilité de déploiement et les investissements relativement faibles nécessaires aux services voix et données des réseaux sans fil ont permis à de nombreuses expériences et études de faisabilité d’être conduites afin de déterminer s'il est possible de les appliquer dans les communautés pauvres, en leur permettant d’en devenir propriétaires et d’en assurer l’entretien elles-mêmes ou par l’intermédiaire de partenaires. Les études de cas de Huaral et du Népal sont des exemples de modèles dirigés par la communauté dans lesquels celle-ci est propriétaire des structures communautaires locales (respectivement commissions d'irrigation appartenant aux agriculteurs et écoles).

Le PNUD a récemment commandé une série d’études sur la faisabilité de divers modèles dirigés par la communauté dans quatre pays d’Afrique de l’Est21. Ces études, entreprises en collaboration avec les gouvernements, les communautés et les instituts locaux de recherche en Tanzanie, au Kenya, au Rwanda et en Ouganda, présentent des projets commerciaux et des estimations de coûts pour l’installation et l'entretien de réseaux sans fil communautaires qui comprennent les besoins et coûts en énergie, un facteur essentiel souvent négligé dans la mise en œuvre22. Ces études indiquent également la nécessité pour les cadres politiques et réglementaires de prendre connaissance des approches ascendantes conduites par les communautés à la prestation de services de télécoms dans les régions mal desservies.

3.2 Coopératives

Cela fait longtemps que les coopératives existent pour répondre aux besoins culturels, économiques et sociaux des communautés, qu’il s’agisse de la construction d’infrastructures comme les systèmes électriques ou d’irrigation, de l'achat de grains et de matériel agricole qui profite à l'ensemble des agriculteurs, ou encore pour des acquis politiques comme dans le cas des coopératives formées pour lutter contre l’apartheid en Afrique du Sud.

C’est généralement dans les communautés rurales et éloignées que les coopératives de télécoms sont formées, dans les régions peu intéressantes financièrement pour les opérateurs de télécoms traditionnels. Les coopératives ont un rôle crucial à jouer dans l'apport des TIC aux communautés rurales pauvres, et bien qu'elles n'existent que dans peu de pays, elles connaissent un large succès. Ce modèle a été adopté avec succès notamment aux États-Unis, en Argentine et en Bolivie23. En Pologne, le modèle coopératif est légèrement différent puisque la Loi des télécommunications de 1990 a autorisé la création de 44 licences en concurrence avec l’opérateur étatique24. En Afrique du Sud, on octroie des licences spéciales pour les régions mal desservies (les USAL).

Toutes ont été formées dans le but de développer des services de ligne fixe, avant l'arrivée du mobile et des possibilités offertes par les réseaux sans fil. On trouve les premiers exemples de coopératives basées sur les TIC dès la fin des années 1950/début des années 1960 dans des zones rurales des États-Unis et de l’Argentine, pays dans lesquels le déploiement de l’infrastructure des télécommunications a été largement effectué grâce aux coopératives rurales, par leurs contributions financières, la propriété partagée, et le principe des apports personnels en main-d’œuvre pour mettre en place l'infrastructure commune à la prestation de services de télécommunication. Nombre de ces coopératives existent toujours aujourd'hui et continuent d’offrir un grand choix de services voix et données aux petites communautés rurales mal desservies ; c'est d'ailleurs la prestation de multiples services qui leur a permis de subsister. Le succès de leur mise en œuvre a également dépendu de la création d’accords favorables d’interconnexion avec les opérateurs historiques de télécoms et/ou l’envoi de subventions, comme dans le cas des États-Unis. La plupart des coopératives ont débuté avant l'arrivée de la téléphonie mobile, ce qui a facilité leur capacité à les faire fonctionner.

3.3 Modèles dirigés par le gouvernement

Les gouvernements ont mené de nombreuses initiatives s’adressant à l’accès pro-pauvres aux TIC, les plus connues consistant a créer un service universel ou un fonds d'accès. Les modèles suivis varient, entre les subventions allouées directement aux personnes concernées, les subventions aux opérateurs de télécentres pour assurer un certain niveau de viabilité financière, ou encore les bourses et subventions allouées aux opérateurs de télécommunications pour qu'ils construisent une infrastructure de TIC dans les régions non régies par les forces du marché. Ces partenariats public-privé ont pour la plupart été mis en place en suivant des processus d’acquisition pour établir un accès pro-pauvres25.

 Réseaux large bande municipaux

 La récente mise en place de réseaux large bande municipaux est un modèle intéressant dans lequel le marché ne participe pas et qui considère les services large bande de la même façon que les routes, comme un bien commun26. Le monde développé multiplie ce type d'initiatives, notamment aux États-Unis où on voit par exemple surgir des réseaux appartenant aux résidents d'immeubles et qui se chargent eux-mêmes de leur entretien, comme à Bristol en Virginie. Dans les pays en développement, ces initiatives existent notamment à Knysna en Afrique du Sud et avec le projet de réseau sans fil du Népal (voir l’étude de cas de cette trousse de ressources). L’arrivée de ces réseaux sans fil bon marché, parfois combinés avec des réseaux de fibre sans fil, permet d’offrir des services compétitifs aux communautés qui rivalisent avec ceux des grandes villes27. Le gouvernement indien a même fait des déclarations selon lesquelles il souhaitait, avec le financement du Fonds d’obligation de service universel, offrir la connexion gratuite à une large bande de 2 Mb de débit à l’ensemble du pays28. Il n’est pas encore confirmé que ces services soient également proposés dans les régions pauvres et éloignées.

 
Prestation de services aux communautés

 Outre les fonds de service universel, des gouvernements ont fait le choix de diriger la prestation de services de TIC dans les communautés, avec ou sans partenaires externes. En Inde par exemple, le gouvernement a entrepris diverses actions de prestation de services pour les pauvres :

Au Mozambique, un projet actuellement en cours tente d'introduire des ordinateurs de poche auprès des travailleurs des services médicaux en zone rurale afin qu'ils puissent obtenir des informations médicales. Ce projet est décrit dans l’étude de cas sur le Réseau d’informations médicales du Mozambique (MHIN) de cette trousse de ressources, qui est un exemple de projet gouvernemental de télésanté mené en partenariat avec l’ONG AED-Satellife.


3.4 Modèles du secteur privé et création d’entreprises communautaires

Le secteur privé se montre de plus en plus intéressé par les services aux communautés jusque-là non desservies. Tant les communautés pauvres que le secteur privé peuvent bénéficier de nombreux services rendus possibles grâce à la meilleure portée du sans fil à bas coût et autres technologies similaires, et à l'existence de réseaux sociaux dans les communautés locales. Ce modèle est largement suivi, notamment pour les services bancaires et de nombreuses applications innovantes pour la production agricole, ce qui permet d’illustrer comment les communautés peuvent tirer profit du secteur privé et de son sens de l’organisation, de son expérience du marché, de ses investissements de capitaux, mais également d'une nouvelle panoplie de services dans les communications et les services. Des mécanismes permettent d’améliorer les compétences en affaires des communautés, notamment des systèmes de mentors, de réseaux de soutien des compétences et de transfert de compétences techniques. Les partenariats entre petites entreprises et communautés apportent également de nouvelles opportunités pour créer des modèles dont bénéficient toutes les parties, dans lesquels les entrepreneurs apportent leurs compétences en affaires à la table des activités de développement social. Voici quelques exemples permettant d’illustrer des applications possibles de ce modèle :


          1.1.4
Recommandations pour réussir la mise en œuvre d’un projet

Études de cas

Ce module comprend trois études de cas et fournit une liste de ressources complémentaires. Les études de cas des projets communautaires sont décrites ci-dessous.

 

Projet

Description du projet

Points importants du projet

Réseau d’informations sur la santé du Mozambique (MHIN)

Le personnel médical utilise des réseaux de mobile et des ordinateurs de poche pour recueillir, transmettre et gérer des données médicales, suite à l’engagement du gouvernement à offrir des services médicaux abordables aux communautés

Les utilisateurs font partie du personnel médical et sont le plus souvent relativement âgés, et moins ouverts aux nouvelles technologies. Grâce à une formation appropriée, ils ont pu recueillir des informations et des données dans un domaine qui est utile à la population. L’étude de cas porte sur les éléments essentiels qui permettent de faire évoluer un prototype en projet pilote et d’aboutir finalement à un déploiement durable.

Le système d’informations agraires de la vallée de Huaral, Pérou

Le projet fournit l’accès au téléphone et à l’internet pour les communautés pauvres d’agriculteurs et leur donne accès à un système d’informations agraires

À l’origine destiné à la gestion des canaux d’irrigation à l’aide des TIC pour les agriculteurs locaux, le projet a évolué pour offrir également des prestations de télécoms et un accès internet à des communautés pauvres qui auraient autrement été exclues de ces ressources.

Projet de réseaux sans fil du Népal

Des réseaux sans fil peu coûteux et d'entretien facile utilisés dans des lieux isolés du Népal pour offrir un accès internet et téléphone à des communautés dispersées et marginalisées

La combinaison d’un solide soutien de la part de la communauté et de dirigeants locaux efficaces donne accès à des services de communication, communautaires et d’entreprises très demandés. Cette étude de cas est l’exemple parfait de la mise en œuvre d’un projet communautaire disposant de peu de ressources mais capable de défier les cadres politiques en vigueur pour autoriser l’utilisation des nouvelles technologies pour que les communautés pauvres accèdent aux TIC.

 

D’autres modules de cette trousse de ressources présentent également des études de cas intéressantes pour la mise en œuvre de projets au niveau communautaire :

 

Projet

Description du projet

Points importants

Offrir l’accès universel : FITEL, Pérou

Ce programme présente des mécanismes qui permettent de minimiser les subventions requises pour que les entreprises de télécoms élargissent leur réseau dans les zones non commerciales

 

On sait que l’installation de téléphones publics permet à la population d'économiser en coûts de transport. Le projet a réduit la distance avec le téléphone public le plus proche de plus de vingt kilomètres à moins de cinq kilomètres pour plus d’un million de personnes. Selon des sources non confirmées, les téléphones ruraux ont également augmenté le revenu des propriétaires des magasins qui offrent ces services téléphoniques.


 

Références


__________

1 Le CEPES, l’organisation chargée de la prise en charge du système, est également membre institutionnel de l’Association pour le progrès des communications (APC).

2 Voir le module sur les questions politiques et réglementaires pour une analyse plus détaillée.

3 Pour une vue d’ensemble de la situation des points d'accès public à l’internet dans 25 pays, voir à : www.cis.washington.edu/landscape. Cette recherche, terminée en octobre 2008, couvre de nombreuses possibilités d'accès, notamment les cabines, les bibliothèques, les télécentres, les cafés internet et les projets communautaires, et offre également un aperçu des environnements politiques et réglementaires.

4 UIT statistiques: www.itu.int/ITU-D/ict/statistics and www.techsoup.org/learningcenter/hardware/page7216.cfm

5 Judith Mariscal Market Structure and Penetration in the Latin American Mobile Sector (DIRSI, Lima, 2007) www.dirsi.net/files/finals/070215--mariscal.pdf

6 UIT Measuring Village ICT in Sub-Saharan Africa (UIT, Genève, 2007) www.itu.int/ITU-D/ict/statistics/material/Africa_Village_ICT_2007.pdf

7 Pour plus d’informations, voir à : www.grameenfoundation.org/what_we_do/technology_programs/village_phone

8 Neville Wishart Micro-Payment Systems and their Applications to Mobile Networks (infoDev, Washington, 2006) www.infodev.org/en/Publication.43.html ; voir également David Porteous The Enabling Environment for Mobile Banking in Africa (Bankable Frontier Associates, Somerville, 2006) www.bankablefrontier.com/assets/ee.mobil.banking.report.v3.1.pdf

9 Ethan Zuckerman “Mobile Phones and Social Activism: Why cell phones may be the most important technical innovation of the decade” TechSoup 20 juin 2007 www.techsoup.org/learningcenter/hardware/page7216.cfm

10 The Hub: hub.witness.org et Corinne Ramey “Using Mobile Phones to Advance Human Rights” MobileActive.org 10 décembre 2007 mobileactive.org/hub-using-mobile-phones-advance-human-rights

11 Stephanie Hayes “Congolese radio show gives war victims a voice” The Christian Science Monitor 22 mars 2007

www.csmonitor.com/2007/0322/p20s01-woaf.html?page=1

12 Sheila Kinkade et Katrin Verclas Wireless Technology for Social Change: Trends in Mobile Use by NGOs (United Nations Foundation-Vodafone Group Foundation, Washington, 2008) mobileactive.org/files/MobilizingSocialChange_full.pdf

13 Institute of Electrical and Electronics Engineers

14 Alberto Escudero-Pascual Tools and technologies for equitable access (APC, Montevideo, 2008) www.apc.org/en/system/files/APC_EquitableAccess_ToolsAndTechnologies_Iss... Pour une plus ample analyse sur les possibilités technologiques, voir également à : Seán Ó Siochrú et Bruce Girard Community-based Networks and Innovative Technologies: New models to serve and empower the poor (PNUD, New York, 2005) www.propoor-ict.net

15 Sommet international des réseaux sans fil communautaires : www.wirelesssummit.org

16 www.tslab.ssvl.kth.se/csd/2007/fall/system/files/Online-Water-Quality-Mo... et www.spidercenter.org/project/online-water-quality-monitoring

17 La Méthodologie d’évaluation du genre (GEM), élaborée par le Programme d’aide aux réseaux de femmes de l’Association pour le progrès des communications (PARF d’APC), offre des solutions de prestation de services axés sur le genre de réseaux sans fil dans les communautés . Pour plus de détails, voir à : www.apcwomen.org/gemkit/en/practitioners/reports_2d78.htm

18 www.apcwomen.org/gem/?q=gem_users

19 Wireless Africa “Building a Rural Wireless Mesh Network: A do-it-yourself guide to planning and building a Freifunk based mesh network” wirelessafrica.meraka.org.za/wiki/index.php/DIY_Mesh_Guide

20 See Ó Siochrú and Girard, Community-based Networks and Innovative Technologies for a more detailed discussion of various models of community ownership.

21 Muriuki Mureithi et Albert Nsengiyumva “Community-Driven Networks, Cooperatives and Enterprises: An Emerging Access and Development Model for Rural Areas?” (Présentation PowerPoint à l’atelier de travail à la 10e AGA de CRASA, Windhoek, Namibie, mars 2007) www.crasa.org/docs/10agm/Pro-Poor%20ICT-rev%20-%20Mureithi%20&%20Nsengiyumva.pdf

22 Voir les quatre rapports de faisabilité à : www.propoor-ict.net.

23 Ó Siochrú et Girard, Community-based Networks and Innovative Technologies, 10

24 infoDev et UIT ICT Regulation Toolkit, Section 3.5.1. Rural Cooperatives (mis à jour le 21 novembre 2008) www.ictregulationtoolkit.org/en/Section.3195.html

25 Voir la présentation en PowerPoint de Ned White, Institute of Public-Private Partnerships (IP3), 27 février 2007, qui donne un aperçu des partenariats public-privé dans les initiatives de TIC, et notamment des lignes directrices pour la mise en place de procédures d’appels d’offre et d’acquisition. On y présente une étude de cas du Fonds de développement universel du Chili. www.escwa.un.org/divisions/ictd/events/2_6NedWhiteTendering.pdf

26 Pour un guide pratique et simple sur la façon dont fonctionnent ces réseaux municipaux, voir à : computer.howstuffworks.com/municipal-wifi.htm

27 Yochai Benkler The Wealth of Networks: How Social Production Transforms Markets and Freedom (Yale University Press, New Haven, 2006), 405-406 books.google.co.za/books?id=TZmkG2y-vBsC

28 Joji Thomas Philip “Broadband to go free in two years” The Economic Times 26 avril 2007 economictimes.indiatimes.com/Broadband_to_go_free_in_2_yrs/articleshow/1955351.cms

29 Simone Cecchini et Monica Raina Village Information Kiosks for the Warana Cooperatives in India

web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/TOPICS/EXTINFORMATIONANDCOMMUNICATIONANDTECHNOLOGIES/EXTEGOVERNMENT/0,,contentMDK:20486701~isCURL:Y~menuPK:702592~pagePK:148956~piPK:216618~theSitePK:702586,00.html

30 www.apdip.net/apdipenote/11.pdf

31 David Porteous Banking and the Last Mile: Technology and the Distribution of Financial Services in Developing Countries (Bankable Frontier Associates, Somerville, 2006) www.bankablefrontier.com/assets/banking-andthe-last-mile.v1.0.pdf

32 Institut mondial de ressources What Works: ITC's E-Choupal and Profitable Rural Transformation (World Resources Institute, Washington, 2003) www.digitaldividend.org/case/case_echoupal.htm ; voir également à www.itcportal.com/agri_exports/e-choupal_new.htm pour des explications plus détaillées de ce modèle.

33 Tectonic “New Tuxlab looks to community for sustainability” Tectonic 15 mai 2006 www.tectonic.co.za/wordpress/?p=997

34 Le module de la trousse de ressources sur les questions de politique et de réglementation offre plus de précisions quant aux approches pouvant être adoptées.


 

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Étude de cas: le Réseau du Mozambique d'informations sur la santé (RMIS)

Henk Boshoff, S-Curve Technologies (Afrique du Sud)
Victorino Nhabangue, AED-RMIS (Mozambique)
Berhane Gebru, AED-SATELLIFE (États-Unis)

L’étude de cas du RMIS a été choisie pour cette trousse de ressources car celui-ci illustre comment certains points sont essentiels pour faire évoluer un prototype au stade de projet pilote, et finalement aboutir à un déploiement durable :

1) L’application d’une solution technologique innovante et abordable qui utilise les réseaux mobiles et des assistants personnels numériques (PDA) avec des personnes peu familiarisées avec les TIC, dans le cas présent le personnel médical, souvent relativement âgé et opposant donc plus de résistance envers l’adoption des nouvelles technologies.

2) Un engagement du gouvernement envers l’offre de meilleurs services pour les communautés, tout en tirant profit de la disponibilité de données médicales plus fiables provenant du terrain.

3) Des économies et une productivité accrue en termes de collecte de données dans les districts, avec notamment un suivi utilisant un système de collecte de données numérique plutôt que sur papier.

4) La généralisation graduelle d’un projet de développement grâce à un partenariat entre une ONG (AED-Satellife) et le ministère de la Santé du Mozambique.

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Étude de cas: Le système d’informations agraires de la vallée de Huaral, au Pérou

Juan Fernando Bossio, Centro Peruano de Estudios Sociales (CEPES), Pérou

Le projet de la vallée de Huaral a été incorporé dans cette trousse de ressources afin de donner un exemple de modèle de communauté propriétaire, dans lequel les agriculteurs sont directement impliqués dans la prise de décisions et la mise en œuvre d’un système d’informations agraires. À l’origine destiné à la gestion des canaux d’irrigation à l’aide des TIC pour les agriculteurs locaux, le projet a évolué pour offrir également des prestations de télécoms et un accès internet à des communautés pauvres qui auraient autrement été exclues de ces ressources.

Ce projet illustre également l’importance des dirigeants et d’une vision permettant de faire pression et de mettre en place un plaidoyer tant dans les communautés que dans le gouvernement. Dans le cas présent, la communauté, au travers de son comité d’irrigation, a exercé une pression qui a entraîné la modification des cadres réglementaires et des politiques de TIC restrictives en vigueur. Cela a abouti à un accès aux TIC plus abordable et plus généralisé dans les communautés locales.

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Étude de cas: Projet de réseaux sans fil au Népal


Mahabir Pun, chef d’équipe


Le Projet de réseaux sans fil au Népal est un excellent exemple de la façon de mettre en œuvre un projet avec de faibles ressources mais avec des dirigeants locaux et une vision tels que les cadres politiques en vigueur ont pu être modifiés pour autoriser l'utilisation de technologies innovantes pour que les communautés pauvres accèdent aux TIC.

 Ce projet montre comment il est possible d’utiliser des réseaux sans fil peu coûteux et faciles d'entretien dans des zones isolées et difficiles d'accès, et d'offrir ainsi un accès au téléphone et à l'internet à des communautés dispersées. Avec des dirigeants locaux et un soutien actif de la population, les communautés locales peuvent offrir les services de communication tellement nécessaires et créer de petites entreprises (centres de communication) ou des services communautaires (télémédecine, réseaux scolaires). Des efforts considérables envers le renforcement des capacités à l’échelle locale ont permis de former un cadre d’experts locaux capables d'offrir une assistance technique. En outre, les efforts de plaidoyer du dirigeant local Mahabir Pun ont incité le gouvernement à modifier ses politiques restrictives de télécoms qui interdisaient l’utilisation de réseaux sans fil, et à baisser les coûts des licences à moins de 2 dollars US.


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