Les droits humains appartiennent aux hommes et aux femmes, pas aux ordinateurs en réseau

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By GJ for APCNews

OTTAWA, Canada, 09 May 2011

L’ex-commissionnaire néo-zélandaise aux droits humains, Joy Liddicoat, vient de rejoindre APC pour diriger une nouvelle campagne, « Les droits de l’internet sont des droits humains ». Prise dans son travail de préparation pour les consultations du Forum sur la Gouvernance de l’Internet des 18-19 mai, elle a tout de même trouvé quelques minutes pour parler à APCNouvelles.

APCNouvelles : Quelle expérience avez-vous des droits humains?

Joy Liddicoat: La justice sociale est un sujet qui m’a toujours intéressée. Je pense qu’elle faisait partie des valeurs et politiques de ma famille. Dans les années 1980 alors que j’étudiais le droit, j’ai travaillé en tant que bénévole dans un centre juridique communautaire local. Je me suis ensuite intéressée aux droits juridiques des femmes et suis entrée dans un groupe qui a ouvert un centre de ressources légales pour les femmes – et je continue à faire du bénévolat dans diverses associations communautaires. Même si je suis devenue avocate dans le privé puis au gouvernement, je n’ai pas commencé à vraiment œuvrer pour les droits humains avant les années 1990. J’ai participé à une analyse portant sur la race et le genre, et en 2001 j’ai assisté à la Conférence mondiale contre le racisme à Durban, en Afrique du Sud. De 2002 à 2010 j’ai été commissionnaire à temps partiel pour la Commission de Nouvelle-Zélande pour les droits humains. J’ai œuvré avec les communautés de la région Asie-Pacifique pour les droits humains, les droits des femmes, et les droits de la communauté LGTBI. Mon expérience des droits humains s’étend donc des communautés locales aux Nations Unies.

Comment avez-vous connu APC?

En 2007 je faisais partie du jury de CREA qui offrait un programme de direction d’une semaine à l’Institut pour les droits, l’activisme et le développement à Pune, en Inde, pour les militantes d’Asie du Sud. L’une de nos intervenantes était Jac sm Kee d’APC. Jac a réalisé une magnifique présentation sur le rôle des TIC pour l’activisme et du travail d’APC. Elle nous a lancé le défi à toutes d’agir en faveur des questions de « gouvernance de l’internet » — dont je n’avais jamais entendu parler ! J’ai été totalement séduite, j’ai pris ce défi à cœur et je me suis impliquée dans ma communauté internet locale ici en Nouvelle Zélande. Jac m’a ensuite invitée à participer à une commission d’APC pour le FGI de Vilnius en 2010.

Que veut dire APC avec « Les droits de l’internet sont des droits humains »?

Nous sommes tous nés libres et égaux en dignité et en droits. Nous avons les mêmes droits – quant à l’utilisation des espaces publiques (pour entrer dans les magasins, vaquer à nos occupations quotidiennes), à l’éducation et au travail. Nous avons le droit à la liberté face à la discrimination et au harcèlement, à la non-interférence de l‘État dans notre vie privée (et donc à l’interdiction de perquisitions sans justification de nos domiciles), à la liberté face à l’arrestation et la détention arbitraires, et à la liberté d’expression et d’association.

Le défi consiste à articuler ces droits de façon constructive et réelle avec l’internet et les ressources essentielles qu’on y trouve.

Les droits humains appartiennent aux hommes et aux femmes, pas aux ordinateurs en réseau ou à l’attribution des noms de domaine et des adresses IP.

En 2006, APC a publié une version révisée de la Charte des droits de l’internet qui présente les principes fondamentaux contenus dans l’idée des droits de l’internet. Nous sommes maintenant confrontés principalement aux problèmes suivants : comment faire pour que les droits s‘élargissent au-delà du clavier pour inclure également les espaces que nous créons et dans lesquels nous participons ? Comment les individus et communautés peuvent-ils utiliser cette approche des droits le plus efficacement possible ?

Le concept des droits de l’internet en tant que droits humains soulève nombre de ces questions intéressantes. Certaines des réponses sont claires. Par exemple, chercher à bloquer l’accès à des sites web détenir quelqu’un illégalement et harceler des bloggeurs sont des violations de la liberté d’expression.

Mais les réponses ne sont pas toujours si évidentes. Est-ce possible de contrebalancer le droit à la liberté d’expression et le droit d’être libre de toute discrimination et harcèlement ? Quel rôle les gouvernements jouent-ils et comment cela est-il contrôlé ? La recherche Erotics a notamment révélé que des limitations dans l’accès à l’internet dans les bibliothèques publiques aux États-Unis d’Amérique qui bloquent l’accès à des mots clé comme « sein » empêchaient les femmes de trouver des informations sur le cancer du sein.

Que pensez-vous atteindre avec ce projet au cours de l’année?

Cette année s’annonce prometteuse. APC veut vraiment aller au-delà de la simple prise de conscience et compte agir pour promouvoir les droits de l’internet en tant que droits humains. Nous allons notamment:

  • Réaliser jusqu’à cinq études approfondies nationales sur la liberté d’expression et la liberté d’association
  • Cartographier les processus (et institutions) de gouvernance mondiale dont les décisions influent l’état des droits de l’internet
  • Mener une recherche sur le niveau de sensibilisation des organisations de droits humains concernant les droits de l’internet, ce qu’elles font pour les promouvoir et trouver des possibilités de ressources contre les violateurs des droits, et
  • Apporter notre soutien, renforcer les capacités des défenseurs des droits humains des femmes pour que l’internet soit utilisé en toute sécurité pour leur travail important.

L’ensemble sera publié dans l’édition 2011 de l’Observateur mondial de la société de l’information sur la situation des droits de l’internet dans divers contextes.

(END/2011)

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